Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /Mars /2009 01:03
Je rentre de la "3ème Symphonie de Gustav Mahler". Opening night. Opéra Bastille. Le voltigeur de la colonne de juillet a vacillé, c'est sûr.

J'ai une tendresse particulière pour les soirs de première. Pas pour les paillettes, ni les strass, davantage pour le stress et les noeuds dans le ventre. Une première c'est un cadeau, une offrande, et un pari, c'est inscrit c'est jeté c'est dit, everything falls into place. Or not.

Ce soir everything fell into place. L'harmonie, la musique, le geste, la voix, la force, la tendresse, et la jubilation. Du public et des danseurs, à qui la Direction de l'Opéra comme John Neumeier ont offert une soirée d'exception. Emotions, partout, tout le temps. Rythme, accélérations, apaisement, souffle, soupirs. Une oeuvre qui parle à l'âme, une oeuvre dans laquelle Neumeier a mis tellement de choses personnelles qu'il a eu l'élégance de ne pas les décrire. Peu d'indications sur la signification de tel ou tel mouvement - musical-, sur les rôles des uns et des autres. Chacun fait son voyage, et l'oeuvre propose mille chemins à l'imaginaire.

Et puis, l'épure. Je regardais ces danseurs, toutes générations confondues. Tous dévoués à leur art, que ce soit dans des mouvements d'ensemble puissants, des duos tendres, des trios noués, des solos vibrants. Combien de danseurs sur scène ce soir, avec la foi chevillée au corps ? Tous.
Parmi eux, Nicolas Le Riche, donc, que je connais assez pour l'avoir suivi un moment, tenait le rôle principal : l'homme, rien de moins. Dans ce ballet il danse, saute, virevolte, tour à tour intérieur et extérieur, solitaire ou lié, perdu ou sûr de lui, enjoué ou troublé. Autant dire que les raisons de s'émerveiller sont multiples.

Il y eut cet instant. Nicolas ne fait presque rien. Il est debout, immobile, Jérémie Belingard, est à terre, et Nicolas fait ce geste apparemment simple : un regard, et un bras qui se soulève. Pourquoi ce geste est parfait ? pourquoi ce geste me bouleverse ? Parce que dans ce geste-là, pour atteindre cette apparente simplicité, il y a des années de patience, de sueur et de travail. La grâce et l'inspiration, aussi.
Le geste parfait, oui. La justesse absolue. L'épure.

J'ai coutume de raconter que c'est comme ça que tout a commencé, avec Nicolas, et c'est vrai : la première fois que je l'ai photographié, il a simplement levé un bras, légèrement tourné la main et le poignet. Il n'y avait presque rien, il y avait tout.

Voilà.
Alors si je ne devais garder qu'une image, ce serait ça :




ou ça :





Par ANNE DENIAU aka ANN RAY - Publié dans : Illuminations - 0 Comments - Write a comment
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