Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY


Je ne suis pas sûre qu'il existe plus sublime appellation de... de quoi, d'ailleurs ?

Qu'est-ce qu'un amateur ?

Je dois vous faire un aveu : j'ai une passion pour les dictionnaires. Tous. ce sont des malles aux trésors. Etymologie, synonymes, citations, linguistiques, je les aime également.

Amateur...




Un peu d'étymologie, avec les abréviations ad hoc (un régal) : 


"Étymol. ET HIST.
I.− Amateur. 1. a) 1488 amateur de « celui qui aime (qqn) » (Mer des hist., I, 198a, éd. 1491 ds Rom. Forsch. t. 32, p. 8 : Est ung roy requis d'avoir pitié et clémence, affin qu'il soit doulx amateur des indigents et souffreteux) 1495 [éd. 1531] « id. » (J. de VignayMir. hist., XXXI, 106, Delb. ds Quem. t. 1 1959 : Certes il estoit vray amateur des poures); très empl. au xvie s. avec un compl. désignant une pers.; en 1690 (Fur.s.v., note : il ne se dit point de l'amitié ni des personnes); b) 1504 amateur de « celui qui aime (qqc.) » (J. Le MaireŒuvres, éd. Hicher, IV, 65 dsR. Hist. litt. Fr., t. 2, p. 109 : Julius Cesar tres curieux amateur des perles); 2. 1762 (Ac. : Amateur [...] Il se dit aussi de celui qui aime les beaux arts sans les exercer [...] Il ne sait pas peindre, mais il est amateur); d'où a) 1845 emploi péj. (Besch. : Amateur. Se prend en mauvaise part parmi les artistes [...] travailler en amateur); b) 1898 emploi spécialisé au domaine du sp. (Nouv. Lar. ill. : Amateur [...] Sports. Terme sportif employé surtout en vélocipédie pour désigner tout coureur qui ne lutte pas dans un but de lucre).
II.− Amatrice. Av. 1547 « celle qui aime (qqc.) » (Michel d'AmboisePropos fantastiques, 2 ds Hug. : La Galaxes de la paix amatrice Et Dyana des boys observatrice). − Cotgr. 1611; repris au xviiie s. (J.-J. RousseauÉm., III ds Littré), qualifié de mot nouv. par Ac. 1798.
Empr. au lat. amator « celui qui aime » empl. avec un compl. désignant une pers. dep. Plaute (Men., 268 ds TLL s.v., 1827, 76 : magnus amator mulierum es), avec un compl. désignant un inanimé dep. Cicéron (Tim., 51, ibid.,1829, 18 : qui intelligentiae sapientiaeque se amatorem profitetur); cf. a. fr. ameor, attesté dep. 1172-75 (Chrét. de TroyesChev. au lion ds T.-L.) au sens de « amant »; avec un compl. désignant une pers. dep. ca 1256 (Aldebrandin de Sienne ds Gdf.), avec compl. désignant un inanimé dep. 1250 (amierres et faisierres de peis, ibid.), mot qui disparaît au xve s. À l'emploi 2 b amateur, terme sp., est empr. à l'angl. amateur, attesté dep. 1882 (NED) dans cet emploi, dér. du sens « celui qui aime les arts sans les pratiquer » attesté dep. 1784 par Hannah More (Mack. t. 2 1939, p. 198) et lui-même empr. au fr. attesté en ce sens dep. 1762, supra. Amatrice, forme fém. de amateur, cf. lat.amatrix « amoureuse » dep. Plaute ds TLL s.v."


La définition n'a guère changé au fil du temps :

Dictionnaire de L'Académie française, 4th Edition (1762)

AMATEUR. s.m. (Page 60)
AMATEUR. s.m. Celui qui a beaucoup d'attachement pour quelque chose. Amateur de la vertu, de la gloire. Amateur de louanges. Amateur de la nouveauté.

Il se dit aussi De celui qui aime les beaux arts sans les exercer. Amateur de la peinture, de la sculpture, de la musique. Il ne sait pas peindre, mais il est amateur.


Et le plus joli, cette petite dissertation d'un grammairien (datant de 1810, tout de même...) : de l'utilité d'une terminaison féminine...


"Ce mot a-t-il un féminin? faut-il dire, une femme amateur, ou une amatrice? Il me semble que l'analogie nous autorise à donner un féminin à ce mot, on dit, une spectatrice, une actrice, une force créatrice; pourquoi ne dirait-on pas une amatrice? Linguet et J. J. Rousseau en ont fait usage, et un mauvais jeu de mots ne doit pas l'exclure de notre langue. On objectera, peut-être, qu'on ne dit pas autrice, et qu'il ne doit pas être plus permis de dire amatrice : il y a beaucoup de différence : une femme qui fait un livre est une femme extraordinaire; mais depuis long-temps, et aujourd'hui plus que jamais, les femmes cultivent leur esprit : elles aiment les arts et les lettres; il faut donc donner à ce mot une inflexion féminine, qui rende cette nouvelle idée. D'ailleurs amatrice vient du latin amatrix, et de l'italien amatrice.
É. MolardLe Mauvais langage corrigé, 1810, p. 19. "


Je me demande de quoi suis-je amateur... ? Pardon, amatrice ?!

Je crois que je suis amateur de photographie. Sans doute. De mots. Assurément. Et de musique. Sans hésitation.

Et vous ? 










 

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