Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY




A comme Absolu

Ou comme miettes d'Absolu...

Une vie très ordinaire. Ou extra-ordinaire. Question d'angle, de vision et de point de vue.

Dans le désordre, ce qui me réjouit, et démontre tout le charme et toute l'absurdité de la vie.

Comme dit une amie : "arrangements avec la réalité"... C'est étrange d'ailleurs, souvent après un moment intense on souhaite retarder le retour à la réalité, comme si c'était une chose difficile ; Peut-être que c'est ça qu'il faudrait faire, alors, avec la réalité : au lieu de s'en arranger, la déconstruire. Et la reconstruire.



Une ballade à Nikko, au nord de Tokyo, un brouillard épais comme un songe maléfique, impossible d'y voir à deux mètres. Attendre un peu, sans vrai espoir, et soudainement la lumière se fait, le brouillard se dissipe, et le paysage apparaît, l'eau et la neige, comme ça. Un Leica et juste un film, un seul, qui contient ces images-là, de pures illuminations. Un cadeau.

Un dîner qui ne veut pas finir, réaliser tout à coup que dans ce jardin les serveurs ont enlevé toutes les autres tables, nous ne sommes plus que deux, seuls et ensemble, au bord d'une fontaine grotesque et enchanteresse.

Un presque inconnu qui rappelle, rapidement, et se souvient d'une nuit étrange, divagations d'illuminés à Tokyo, douze ans plus tôt. J'avais dit "j'espère que tout cela vous évoque un vague souvenir." Il a dit " Le mot vague est très précis, mais le souvenir est net".

Mettre les essuie-glaces quand on pleure en voiture.

Hésiter longuement à l'idée d'acheter une paire non de chaussures mais de souliers, se décider, aller jusqu'à la boutique, se réjouir et en acheter deux, parce que peut-être que l'éternel féminin se cache là, au bout des pieds.

Rencontrer une inconnue un jour où on va mal, la regarder inscrire sur une feuille blanche, en pleine lumière, un mot qu'elle prétend choisir au hasard : "sorrow"

Passer place de la concorde la nuit, trouver ça beau comme un arbre de Noel quand on est enfant, faire le tour une seconde fois, puis une troisième, même si c'est inutile, ou parce que c'est inutile.

Faire un massage relaxant, remarquer que l'on vous facture 500 euros au lieu de 50, le signaler, s'entendre dire "je ne sais pas comment créditer votre carte", s'énerver, ne plus être relaxée du tout. Rire à l'intérieur, se moquer de soi.

Lire dans "la vérité des images" que Wenders adore faire la même chose que vous, écrire le nom d'une couleur avec un  crayon de la dite couleur. Ecrire ROUGE avec un crayon rouge, et recommencer.

Recevoir un petit mot, écrit à la main, qui dit "j'espère qu'il reste un peu de place dans votre sac à compliments, car..."

Lors d'une conversation téléphonique, où quelqu'un essaye de vous faire prendre une décision que l'on n'a pas envie de prendre, gribouiller sans réfléchir. Raccrocher. S'apercevoir que l'on é écrit, ré-écrit, avec persistance ou rage, les mots suivants : "être soi même", peut-être avec la même folie que Jack Nicholson dans Shining...

Regarder une image comme un fragment, pour ce qu'elle contient, et ce qu'elle ne contient pas.

Savoir que les nuages tombent en panne. Et qu'ils démarrent en trombe.

Ecouter un homme qui dit "vous avez prononcé 7 fois le mot ange" et reconnaître cette sensation familière : je suis cernée par des anges.

Passer des heures dans une voiture, une longue conversation place du Pantheon une nuit à Paris, parce que vous n'avez pas envie de l'atmosphère bruyante d'un bar de nuit. Ouvrir les portières, fumer toutes les cigarettes, écouter la bande originale de 2046. En boucle.

Identifier une émotion, la reconnaître comme une amie de longue date, l'accepter, et l'acceuillir au creux de soi. Plus tard, décider de la laisser s'enfouir, ou s'enfuir.

Regarder un film où il ne se passe presque rien, et s'en émouvoir, comme "the darjeeling limited" ou "little miss sunshine", parce que toutes les fêlures sont là, humaines.

Assister à un concert heureux, énergique, flamboyant, observer la joie en soi, chez l'homme sur scène, et dans le public. Au coeur de l'enthousiasme, le voir finir son concert par une rupture : une chanson abruptement calme, et poignante. S'incliner. Saluer l'artiste.












 
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Comment on this post

Anne D 06/30/2009 13:21

Dear Emeline... Où étais-tu pendant tout ce temps ? ;-)

Emeline 06/30/2009 10:42

Forcément, cet article me parle. Forcément, je ne peux qu'approuver les petits arrangements avec la réalité. Et forcément, là, tout de suite, je ne sais pas quoi dire d'à peu près intelligent.

xoxo

VILLA MARRAKECH 06/29/2009 17:38

*pffff... que dire d'autre ?
Il est superbe ! très beau ! je le veux !!!!
Quelle patience non pour tricoter ce chef d'oeuvre de précision !


Location Marrakech