Je réalise que j'aime de plus en plus les images où il n'y a
presque rien. Les ombres. Les contres-jours. Les faces cachées. Les clairs-obscurs. Les pleins & les déliés, écrits avec la lumière. Ou avec l'âme.
Ames soeurs, donc, à peine dévoilées. Almost nothing. La pudeur des sentiments. Une pensée : "les dessous chics",
Gainsbarre toujours. "Les dessous chics, c'est ne rien dévoiler du tout, de dire que lorsqu'on est à bout, c'est tabou." Oui, quand on est à bout, et le reste du temps. Regarder, à peine, retenir
un regard comme une caresse, un effleurement, oser ne pas regarder crûment. J'aime les images pleines de presque rien, débordantes. Ce que ça signifie ? Aucune idée. Un goût de plus en plus
prononcé pour l'épure ? L'attirance du vide ? Une angoisse profonde ?
Peut-être la sérénité, tout simplement. Bientôt, le désert. J'en ai parlé j'en parle j'en rêve. J'ai dit :
photographier le vide, le silence et l'immobile. Apparents. Toujours le wabi-sabi, aussi, comme une image rémanente. L'imparfait, l'inachevé, l'altérable. Tendre vers ça aussi peut-être : dire
plus avec moins. It's about time. L'épure. le vide. Un songe. Ouvrir encore plus grand les portes de l'imaginaire, avec une infinie délicatesse. Retenir une image trop arrogante, ou trop
envahissante. Ne pas se contenter d'un portrait trop évident. Dire davantage, avec moins. Almost nothing. retenir, enlever, comme c'est difficile. Ne pas prononcer les mots, les chuchoter du bout
des lèvres, photographier comme ça.
Nicolas de Staël, qui ne me quitte jamais : "On ne peint jamais ce qu'on voit ou croit voir, on peint à mille
vibrations, le coup reçu, à recevoir..."
La photographie comme une entrée en matière. La matière
humaine.