Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

00-2010-last 1288Life is a joke. Une plaisanterie. Peut-être. Je parlais tout récemment des anges... J'ai un carton, plusieurs, beaucoup de cartons dans cette pièce qui se nomme "bureau" et que je nomme "refuge", "grotte", ou "laboratoire". C'est ici, c'est vrai, que beaucoup de choses se passent, s'associent, se répondent et se correspondent. Se révèlent. Ou disparaissent. Un écrin pour la pensée ; peut-être. Il y a ce carton, il porte un étiquette, comme d'autres. Sur ces étiquettes j'écris un peu n'importe quoi puisque j'ai horreur des étiquettes. Parfois je lis le mot inscrit quelques années auparavant, et il demeure mystérieux, je ne sais plus ; j'ai oublié l'impulsion, le sens premier. Ou la plaisanterie. Celui-ci porte l'étiquette "vestiges". Je l'aime bien. Je sais ce que ça signifie cette fois. Ce carton contient des choses éparses, les essentielles. Réalisations majuscules ou instants minuscules, peu importe, les vestiges sont chargés de sens, ou d'émotion. A mes yeux. Peut-être pas aux yeux du monde, I don't care. A la question : "s'il y avait le feu chez vous, qu'emporteriez-vous ?" J'emporterais toujours ceux que j'aime. Et puis, ce carton. Il n'est pas très grand. Juste à moitié rempli. Plus de 10 ans pourtant. Il y a des pages, notamment. "Tear sheets" dans notre jargon, des pages de magazines, souvent déchirées à la hâte, non sans soin mais avec déchirures, parce que je les aime bien, les déchirures, au bord des tear sheets et ailleurs, les pages arrachées. Les arrachements. Et puis, le problème - ou pas - avec ce carton, ou ses semblables, c'est que quand je cherche une chose précisément j'en trouve d'autres. La dispersion est un luxe que je ne peux pas m'offrir. Donc je ne me disperse pas, mais parfois, c'est vrai, je prends le temps, je décide de le prendre. Je me pose, et je laisse les pensées vagabonder. Il est bon de s'arrêter. De revenir sur. Il y a longtemps, dans une pièce de théâtre, Tom Novembre disait : "tout va trop vite" d'une voix inimitable, qui ralentissait et faiblissait terriblement...

 

 

"TOUT ... va ....... t r o p ............ v   i   t   e .................."

 

 

Et fatalement, les anges... Comme c'est drôle... Au sens de curieux, étonnant. Je n'y avais jamais prêté attention.

 

 

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Une page, une de ces tear sheets déchirées... Ma première couverture. Japon. 1997. La première collection de Lee McQueen, Haute-Couture, pour Givenchy. Je regarde cette page, et je vois deux ailes blanches. Et le sourire de cette jeune femme, le sourire des commencements. Je venais de rencontrer Lee, il commençait chez Givenchy, les cerisiers étaient en pleine floraison. Tokyo, avril 1997. Un titre en lettres d'or que je savais lire, je ne sais plus.

 

 

 

 

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Une autre page. Encadrée. Posée là sur un mur depuis des années, je ne la voyais plus. Je viens de la regarder. Une couverture à Londres. 8 janvier 1999. Je regarde la page, et je vois deux ailes de bois sculptées, découpées, ciselées. Bjork a porté ces ailes ce 20 septembre dernier, pour chanter un dernier hommage dans une cathédrale, à Londres, justement. Une voix qui montait, la lumière qui descendait, les deux également uniques, comme l'instant. Pourquoi la lumière est apparue à cet instant précis, au moment où les premiers accents s'élevaient, je ne sais pas.

 

 

 

 

 

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Et une image, enfin. Photographiée, filmée. 9 mars 2010, Paris. Lorsque j'ai vu ces ailes sur ce vêtement, je me souviens très bien de ma pensée. Si je garde une image de ce jour-là, alors celle-ci, décidément, une image qui ne s'étale pas, certainement pas, sur une couverture de magazine. Une image, une pensée, inscrites. Des tatouages à l'intérieur. On m'a dit que les tatouages s'effacent au fil du temps. Je ne crois pas. Je ne sais pas.

 

 

 

Alors, réflexion faite, je ne sais pas si les anges m'accompagnent, je ne sais pas, je ne sais rien. Je regarde ces images et je ne m'étonne même pas. Je me dis simplement que les anges sont nombreux, fugitifs, volatiles. Je suppose qu'il est juste de dire que les anges se posent là où ils doivent être, à un moment donné. Et aujour'dhui, à cette heure, je souhaite qu'ils en accompagnent d'autres.

 

 

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