Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

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Here I am, here I stand.

Nothing to understand

Je me tiens là, correcte,

conforme à cette image

que chacun dévisage

que vous voulez de moi.

Bien sage et bien rangée

Dans la bibliothèque

De quelques rescapés

Qui préfèrent ne pas voir

De ces quelques humains

Qui classent les chagrins

J’ai peur de tout et rien

J’ai peur d’un encensoir

D’un battement de cils

Et tiens-toi plus tranquille

Sois sage ô ma douleur

Ne crains rien n’aie pas peur

Je ne parlerai pas

Ou bien seulement tout bas

Regarde comme je suis sage

Reste un peu je t’en prie

Et ne t’évanouis pas

Sage comme une image.

Sois sage ô ma douleur

et tiens toi plus tranquille.

Reste au creux de mes mains

De mon âme à mes reins

J’ai mal ici ou là

Oui J’ai mal contre toi

Sois sage ô ma douleur

Il sera bientôt l’heure

Les pleureurs ont pleuré

Les phraseurs ont phrasé

Et le silence s’impose

On me dit prend la pose

Et je voudrais frapper

Ma tête contre un mur

Solide, écorché, dur

Maintenant et ici

C’est le temps de l’oubli

Tiens toi, enfin, sois sage

Je n’en ai pas envie

J’ai tendu le visage

Que vous vouliez voir

Passez votre chemin

Laissez moi dans ce noir

Ou prenez moi la main

Et dites moi ces mots

Mille fois espérés

Et en vain attendus

« n’hésite plus, et pleure »

Sois sage ô ma douleur

Ou prends moi par la main

Partons loin toi et moi

Au pays du chagrin

Oh je pourrais m’étendre

Et lui dire ces mots tendres

Je parle à ton absence

Et je te vois sans cesse

Je t’ai trop regardé

A douze heures une messe

Un carton noir, 12 heures

Sois sage ô ma douleur

Trouve des artifices

Certains ont dit efface

Tous ces mots indécents

Ces images historiques

Ces vestiges ces reliques

J’ai détesté ces mots

Mais j’ai courbé l’échine

Et sans le moindre écho

Je me tais je m’incline

J’ai voulu être sage

Et j’ai tout effacé

J’ai tout dissimulé

Au nom de ces manants

Toutes ces images bénies

Où tu te reflétais

Je les ai enfouies

Au nom de l’imparfait

Au milieu de nulle part

J’y reviendrai, plus tard

Ô ma douleur sois sage

Et tiens toi plus tranquille

toi ma douleur et joie

Sois sage ô ma douleur

Oh ne me quitte pas

Vois tu, je n’ai que toi

Un chagrin pour manteau

Une peine pour amie

Il est beaucoup trop tôt

Je veux garder mes cris

Pour les jeter enfin

A la face d’un monde

Pas plus humain qu’immonde

Qui efface et oublie

Sois sage ô ma douleur

Viens te blottir ici

Tu es tellement vivante

Viscérale et aimante

Je t’aime car tu existes ;

Tu demeures, tu insistes

Tu sais bien mes regards

Laisse donc le hasard

Parce que c’était Lee

Parce que c’était lui

Pas même de quoi rire

Juste la force d’écrire

Bien sûr j’ai été sage

Sage comme une image

Mais laisse moi hurler

Je suis bien obstinée

Sois sage ô ma douleur

Et ne soit pas tranquille

Tu me fais chaud au cœur.

N’est pas Baudelaire qui pleure

Mais la douleur est là

Sage comme une image,

Juste elle, toi, et moi.

Tu réclamais le soir

Il descend le voici

Comme je te cherche, Lee

Et parfois même t’envie

Mais puisque tu persistes

A demeurer si loin

Laisse moi pour finir

T’envisager, à peine

Un jour ou un matin

Te sentir, te toucher

Un corps, du sang, des veines

Ô mon inachevé

Une illusion si chère

Si désirée si volontaire
Un matin si charmant
Quand tu étais vivant 
Et puisque tu persistes

Bientôt je ne suis pas triste
Je ferai comme tu dis
Plus tard je te comprends
Je te regarde, longtemps 
Plus tard encore, tu vois,
Je te regarde longtemps
Et j'accepte, pour toi,
Cette heure inacceptable

Sois sage ô ma douleur

Et tiens moi plus tranquille

Sage comme une image.

 

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