Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

 

seeyouinside.charlie6-4r.jpg

 

 

 

 

Dans le surf comme dans mille autres choses je vois, j’entends des doubles sens. Tout le temps. Chaque phrase est une allégorie, chaque plaisanterie une image qui peut se retourner, chaque encouragement un principe de vie.

Charlie m’a tout appris,  je lui dois toutes ces phrases magiques qui me font sourire ou réfléchir. Charlie. L'amour des vagues, l'enthousiasme et la patience, la grâce quand il danse sur l'eau. Inspiré. Le jeune homme est inspiré. Inspirant.

 

wP1100642 wP1100834b.jpg

 

Flash-backs.

 

Les commencements :
La sensualité de mots mille fois répétés qu’il n’entendait même plus à force d’être toujours là, session après session, avec son entrain légendaire : « Allonge-toi, accroche-toi, tu es prête ? Détends-toi, laisse aller, cambre-toi un peu, voilà…On va se lancer, n’aie pas peur… »
On en rit encore...

 00-paparazzi 1872


Les été suivants : Les conseils ou les avertissements, de ceux que je pourrais me répéter devant les vagues de l’existence… :

Au milieu de l’eau : « Regarde les vagues, ne les regarde pas toutes en même temps, ou ça va te faire peur. Tu en choisis une, regarde, laisse passer la première, prends ton temps, tu la vois celle-ci ? C’est la tienne. Regarde bien, c’est ta vague, Anne, tu vas en faire ce que tu veux… vas-y, maintenant ! »

Un matin aussi gai que les autres, premiers conseils : « Pas de précipitation. Je ne fonce pas dans la mêlée, ce n’est pas du rugby ici, c’est du surf ; Je regarde ma vague, je l’apprivoise, j’observe : je me renseigne sur la vague. Comment est-elle ? Comment se brise-t-elle ? Comment je vais la prendre ? Qu’est-ce qu’on va faire ensemble ? Et ensuite, et ensuite seulement, je rejoins ma vague… »

wP1100830b



Une fin d’été où j’étais d’humeur présomptueuse, je me sentais capable de , je voulais faire comme les grands, ceux qui surfent seuls à la tombée du jour, je les voyais dans le lointain, je quittais la bande d’amis, je partais seule, je ramais, j’entendais la voix de Charlie déjà étouffée par la distance et le vent : « reviens, Anne, reviens, fais demi-tour, les vagues elles sont trop grosses pour toi ». Je ne l’ai pas écouté. J’ai continué de ramer, obstinée, vers les plus belles vagues, là-bas, au loin. J’ai pris la première vague, par chance, par accident, par hasard. Et après, ce fut la curée. J’ai bu l’océan tout entier, j’y retournais pourtant, une fois deux fois dix fois, je prenais soin de rester hors de portée de Charlie, obligé de rester avec les autres apprentis surfers, à la fin je n’avais plus de forces, j’ai attendu la dernière limite et puis forcément j’ai fini par revenir sur le rivage. Je me suis fait sacrément enguirlander.

Un jour où on se disait que les vagues n’étaient pas assez comme-ci, on les voulait plus comme-çà, Charlie, souriant, annonçant les festivités : « Demain, 8h30, un swell monumental ! » Swell, ça veut dire "monter, surgir", swell c'est la houle mais en musique çà veut dire "crescendo", swell ça signifie : vagues majestueuses. On s’est régalés, Charlie avait dit vrai.

 

Quand je regarde son surf, un de ses surfs, posé devant la mer, je lui dis dans un sourire : "Regarde, ta planche attire les vagues !" et Charlie ne se trouble pas. Imperturbable il répond simplement : "Oui, je sais. Ma planche c'est un wave-magnet." Silence...

wP1100839

 



Et cet été, cette phrase qui m’a tant plu, « Des vagues de cinéma ! Vous les voyez ? Du grand art. Du cinéma. A vous de jouer.» a dit Charlie, et c’était vrai, encore.
Elles étaient belles, ces vagues, et longues, et puissantes aussi, il fallait de la volonté pour la passer cette barre de vagues, pour aller là-bas derrière, le plus difficile c’est toujours d’avoir le timing. Exact. Pas si simple. Je ramais fort, et vite, je sentais chaque muscle dans l’effort, j’y étais presque, déjà deux ou trois vagues de passées, et j’ai vu cette dernière vague à franchir qui grandissait devant mes yeux, inattendue, un peu plus rapide que prévue, plus grande aussi, j’ai compris que j’étais en retard, oh pas grand chose, pas même une seconde, mais j’allais me faire emporter. Quand je vois ça, je me tétanise. A l’intérieur ça dit : « Oh, non… » ou « Dommage… » puisque j’ai mal aux bras, aux épaules, au dos, je ne crois pas pouvoir faire quoi que ce soit, je visualise par avance le désastre et j’attends, fataliste, vaincue d’avance, j’attends la vague qui va me saisir et me renvoyer sur le rivage, sonnée.

Ce jour-là pourtant j’ai entendu Charlie, inénarrable Charlie, toujours là quand on ne l’attend pas, Charlie qui regardait la même vague s’enfler, se charger de ses litres d’eau. Quand on est au niveau de la mer, une vague qui se dresse c’est vraiment monumental, c’est un mur d’eau toujours plus grand qui avance sur vous, c’est un monstre marin devenu réel qui va vous engloutir, et ça n’a rien de drôle, c’est simplement désespérant. Et dans ce désespoir accepté j’ai entendu Charlie, donc, qui criait : « Allez, encore plus vite, encore plus fort, tu vas la passer cette vague, Anne, il faut aller derrière, là c’est une question de survie » et contre toute attente j’ai trouvé des forces nouvelles pour aller plus vite, plus fort, et quand la masse d’eau s’est approchée, je n’ai pas soulevé de montagnes, c’est une montagne qui m’a soulevée, et sur la crête, heureuse, sauvée, triomphante de tout et de rien, j’ai regardé Charlie, et j’ai souri. Après, j’ai attendu ma vague, celle qui me tentait, celle qui me plaisait, et j’ai pris une des plus jolies vagues de mon existence, avec ce bruit si particulier, le jump parfait, l’équilibre entre la grâce et la puissance, la sensation, l’accélération, les chevilles qui obéissent, tout était dans une harmonie. J’ai dansé sur l’eau.

La vérité c’est qu’au niveau de la mer on est toujours minuscule, la vérité c’est que chaque vague me fait peur, et j’aime dépasser cette peur pour rien, pour une sensation, pour les amis qui partagent ça, pour la légèreté et l’ivresse de l’instant, pour la sensation éphémère, c’est toujours la même histoire : la quête de l’inutile. Et ça, Charlie le sait mieux que tout le monde. La légende dit qu’il surfait avant de savoir marcher.

 

 

wcharlieIMG 1052

 

 

wcharlieIMG 1053

 

 

w charlieBW IMG 1054

3 pictures : D.R.

 

 

Je regarde peu de vidéos de surf, c’est trop loin de moi, c’est inaccessible. J’aime les défis envisageables, même lointains, mais envisageables. Une forme de réalité, un jour, plus tard. Jamais n’est pas une option. Et puis on m’a montré celle-ci, tellement détendue, tellement douce, tellement juste. Je regarde sans fin ces pas sur la planche, ces pieds graciles et justes, et je me dis : voilà, je veux arriver à ça, exactement ça. Comme Charlie.

(Et ne vous dites pas : Oh, une video de surf... pfhh... Ceci n'est pas une video de surf. C'est un film envoûtant, poétique, un instant de grâce qui ne veut pas finir, un remède à la pesanteur, une stupéfaction immédiatte, un voyage dont vous n'êtes pas obligé de revenir. J'ai regardé ce film des dizaines de fois déjà, et j'ai bien conscience de la difficulté, de la précision, du travail d'orfèvre que font ces funambules marins, mais ce n'est pas ce que je vois, ce que vous allez voir... Ce film c'est juste l'histoire d'un homme qui marche sur l'eau, réellement, et qui fait durer l'instant. Un homme suspendu, aérien, en équilibre entre ses rêves et la trace blanche de l'écume.Voilà, c'est tout... Vous allez regarder ? ;-) ... )

 

 

 

 

Le premier été j’avais montré à Charlie ce que je voulais faire, il m’avait dit : « une bonne dizaine d’années, au moins », j’ai répondu : « d’accord » ; Il croyait que je plaisantais. Aujourdh’ui je pense qu'il sait que je ne plaisante pas. Je continue, et je continuerai jusqu’au jour où je pourrai faire ces petits pas, l’air de rien, en douceur. Quand Charlie surfe c’est un peu comme ça, aussi. Charlie est mince, nerveux, agile, et sur une vague je ne vois que son élégance et son plaisir, jamais l’effort. Les matins où je suis particulièrement nulle, Charlie explique encore, toujours, et tout fait sens : « Tu t’accroches à ta planche, tu as peur, libère-toi ! On s’en fiche de la planche, lache-la, c’est à la vague qu’il faut s’accrocher ». Il a raison. Il ne suffit pas de passer l’obstacle, il faut le saisir, s’y accrocher, le faire sien. Et à la fin, c’est la métamorphose, celle que Charlie connaît par cœur. La vague n’est plus un obstacle, mais une alliée, un piédestal, une vague enchantée. Qui vous porte aussi loin que vous désirez aller.


La dernière phrase de Charlie, hier soir, me désignant le lointain : "Tu veux venir avec moi là-bas derrière, tu veux venir et vivre la vie, la grande, la vraie ? On y va... " Et on y est allé.

 

wP1100872.jpg

 

6413 144294402795 639422795 3421743 3785185 n

 

 

 

Et puis, Charlie, c'est surtout mille autres choses... Un artiste, un ami, ... mille couleurs dans l'existence...

Mais là je ne peux pas m'étendre (;-) ).

Clins d'oeil :

 

wIMG 1847

17376_266161047795_639422795_4600086_4471018_n.jpg


n639422795_1479002_8961.jpg

 

wcharlieBW IMG 1054

Last picture : D.R.

 

Charlie a, comme nous tous, son jardin...non. Sa mer intérieure. Ses rêves, ses impertinences, ses désirs. Obstinés. Sincères.

C'est une autre histoire...

Il ouvre les portes à son rythme, à son gré. Tranquillement, assurément. Rien d'étonnant.

Quant on sait surfer sur une vague, on sait suivre sa voie sur la terre des hommes. 


Let me give you a clue : Follow this guy... 

 

Charlie PHILIPPON / Exhibition in Paris until the end of September

 

 

 

Comment on this post

aléna 08/31/2010 11:14


Merci Charlie. Ne pas lutter contre, dit une amie, mais avec.


Anne D. 08/30/2010 16:52


Ouiiiiiiiiiiiiii ;-)
Tu viendras avec moi à l'expo, n'est-ce-pas ? xo


Emeline 08/30/2010 16:09


Charliiiiiiiie !!!! ;-)