Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

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A long, long time ago, a woman was saying to him : "Look... the sky is crying for you now." It was just raining though, but at that very precise moment, there was no room for naivety. What she was saying was true and accurate. The sky was crying.

In a recent past, in the last months and weeks and days, he has been longing for three words, three simple words and nobody pronounced them. He deeply wished somebody could have told him these mere three words : "Go on, cry...". And nobody around him found it usefull to pronounce these words. In spite of the facts and the obvious necessity of the words, nobody pronounced them. He tried and think he was a man, after all, and there is always some fool to pretend that men don't cry. Maybe that was the reason why. Why silence had covered everything. Anyway, nobody said the three words. "Only three words", he sometimes tought. Nobody said : "Go on, cry". And then, he didn't cry. And month after month, week after week, day after day, he kept listening to these words engraved in his mind : "Go on, cry", and mentally he added "if you feel like it" because usually people would add something like that, and yes, he surely felt like it. He just kept repeating these words inside, just in case it might work that way, but no, as he suspected, he could not cry without a genuine invitation to do so. And thus he went with the three words constantly in mind, and he kept not crying for months and weeks and days, and he just felt some confort when looking at the sky. Endlessly. Listening endlessly to soundless expected words, that have never been pronounced. Wandering endlessly on a road, in a car, in a train, on a boat, in a city, focused on a desperate attempt to gather all the tears of the universe as a substitute for the invisible tears kept inside, locked inside, since nobody ever unlocked the doors with three very simple words. For a while he tried and thought about other words, maybe "go on, cry" was too difficult to pronounce. Maybe he should expect something even more simple. Something like two words whispered when giving a hug, something like "I understand". But nobody said these two words neither. That's probably when he was in a search of one single word, after months and weeks and days, that he reached that moment in time that everybody knows once or twice in a lifetime, when you finally remember what you actually always knew. Peace is given when you do not expect anything. Then, still watching the skies, he stopped longing for three, or two, or just one word. He stopped longing for. No more expectations. And suddenly, quietly, silently, just like that, he drowned. In his own way. In a dry river bed. He lied in the bed of a dried river, he closed his eyes as he was listening to the crying sky. Thus wrapped in tears from the sky, he died, and thus he was found in a dry river bed, not months not weeks just a few days later. A father and child discovered him on a rainy day. As the father was carefully approaching the body - unknown body, some body, somebody -, he did not need to turn back towards his child, stayed a little far away, to feel the necessity to pronounce the right words. So the father said to his son the almost sacred words : "go on, cry". And while the child was crying, the father was watching, the man was smiling in his definitive sleep, the rain kept falling gently on this strange trinity.

 

Il y a bien longtemps, une femme lui disait : "Regarde... Le ciel pleure pour toi maintenant." Il pleuvait simplement pourtant, mais à cet instant précis il n'y avait nulle trace de naiveté. Ce qu'elle disait était précis et vrai. Le ciel pleurait.

Dans un passé plus récent, au cours des mois, des semaines et des jours qui se sont écoulés, il a désiré ardemment trois mots, trois simples mots que personne n'a prononcés. Il a souhaité profondément que quelqu'un puisse lui dire ces trois simples mots : "Vas-y, pleure...". Et personne dans son entourage n'a trouvé utile de prononcer ces mots. En dépit des faits et de la nécessité évidente de ces mots, nul ne les a prononcés. Il a essayé de penser qu'il était un homme, après tout, et il y a toujours quelque imbécile pour prétendre que les hommes ne pleurent pas. Peut-être que c'était la raison. La raison pour laquelle le silence avait tout recouvert. En tout cas personne n'a dit les trois mots. "Seulement trois mots", a-t-il pensé quelquefois. Personne n'a dit : "vas-y, pleure". Et ainsi, il n'a pas pleuré. Et mois après mois, semaine après semaine, jour après jour, il a continué d'écouter ces mots gravés dans son esprit : "Vas-y, pleure", et mentalement il ajoutait : "si tu en ressens le besoin" parce que d'habitude les gens ajoutent quelque chose dans ce goût-là, et oui, certainement, il en ressentait le besoin. Il a simplement continué de répéter ces mots à l'intérieur, au cas où ça puisse fonctionner de cette manière, mais non, comme il le supposait, il ne pouvait pas pleurer sans y être véritablement invité. Et il s'en est allé de cette façon avec les trois mots constamment présents à l'esprit, et il a continué de ne pas pleurer pendant des mois et des semaines et des jours, et il a trouvé un certain réconfort en regardant le ciel. Infiniment. En écoutant infiniment des mots muets et attendus qui n'ont jamais été prononcés. Vagabondant sans fin sur une route, dans une voiture, dans un train, sur un bateau, dans une ville, concentré sur une tentative désespérée de rassembler toutes les larmes de l'univers, en guise de substitut de larmes invisibles demeurées à l'intérieur, enfermées à l'intérieur, puisque personne n'avait jamais ouvert les portes avec ces trois mots très simples. Pendant un moment il a essayé de réfléchir à d'autres mots, peut-être que "vas-y, pleure" étaient des mots trop difficiles à prononcer. Peut-être qu'il aurait du attendre des mots encore plus simples. Quelque chose comme ces deux mots que l'on murmure quand on étreint quelqu'un, quelque chose comme : "je comprends". Mais personne n'a dit ces deux mots-là, non plus. C'est sans doute alors qu'il cherchait un mot unique, après des mois, des semaines et des jours, qu'il a atteint ce moment précis que tout le monde connait une ou deux fois au cours d'une vie, quand vous vous souvenez finalement de ce que vous avez toujours su en réalité. On ne trouve la paix que lorsqu'on n'attend plus rien. Alors, le regard toujours tourné vers les cieux, il a cessé de désirer trois, deux, ou même un seul mot. Il a cessé de tendre vers. Plus d'attentes. Et soudainement, tranquillement, silencieusement, il s'est noyé. A sa manière. Dans le lit d'une rivière asséchée. Il s''est étendu dans le lit d'une rivière asséchée, il a fermé les yeux en écoutant le ciel en pleurs. Il est mort ainsi enveloppé des larmes du ciel, et c'est ainsi qu'il a été trouvé dans le lit d'une rivière asséchée, non des mois ni des semaines mais quelques jours plus tard. Un père et son fils l'ont découvert un jour de pluie. Comme le père s'approchait avec précautions de ce corps - un corps inconnu, quelque corps, quelqu'un -, il n'a pas eu besoin de se retourner vers son fils, demeuré en retrait, pour ressentir l'urgence de prononcer les mots justes. Ainsi le père a dit à son fils les mots presques sacrés : "Vas-y, pleure". Et tandis que l'enfant pleurait, tandis que le père regardait, tandis que l'homme souriait dans son sommeil définitif, la pluie a continué de tomber doucement sur cette étrange trinité.

 

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Je ne cesserai jamais d'écrire. "Parfois j'aimerais qu'on me lise sans que j'ai besoin d'écrire". Oui j'ai écrit ça. Oui mais. J'ai besoin d'écrire. Et ce qui n'est pas inscrit ne saurait être lu, ne saurait contenir la simple possibilité d'une lecture. Ainsi pour l'Autre comme pour moi-même, je me dois à l'écriture, je ne cesserai jamais d'écrire. Peut-être par besoin de vaincre cette ombre portée que projettent tous ces auteurs que j'admire, peut-être que l'éblouissement doit non pas cesser mais se détourner, pour me permettre d'y voir clair l'espace d'un instant. Peut-être aussi par crainte que si je cesse d'écrire d'autres se jettent sur la page blanche et, sans scrupules, auréolés d'une assurance douteuse, écrivent des mots qui ne méritent pas forcément d'être lus. J'en vois mille tous les jours. (Et oui, ici, dans ces deux phrases, il y a paradoxe : doute et confiance en soi, les deux profondément. Humaine je suis, humaine je demeure.) Peu importe. Mais enfin je ne cesserai jamais d'écrire. Ou alors je m'arrêterai lorsque mes écrits, non publiés, rempliront deux grands bagages... Lorsque j'aurai livré en mots - pour reprendre l'image sublime d'Auster - le poids de deux grandes valises : le poids d'un homme.

 

"La Chambre dérobée." in "Trilogie New-Yorkaise"

Le narrateur apprend que son ami Fanshawe a écrit mais pas publié. Après une entrevue il quitte la femme de Fanshawe, avec tous les écrits.

"Puis j'ai transporté lentement les deux valises dans l'escalier, jusque dans la rue. Ensemble elles avaient le poids d'un homme".

Paul Auster.

 

 

 

Comment on this post

Anne D. 01/05/2011 20:20


You suppose in a nice way. Thank you.


Paul 01/03/2011 13:27


I suppose we can all feel that way. Can't we ? Thank you for the way you put it. Your way, your words. Highly appreciated .