Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

Au commencement, il y a une anecdote, de peu d'intérêt : une déchirure musculaire. Je me suis donc retrouvée à apprivoiser la douleur, à vivre avec, et au ralenti. Slow motion, very slow indeed. Je commence, à peine, à poser le pied par terre. Sur terre ?

Pour la première fois depuis très longtemps, j'ai le temps. Du temps. Le temps de dormir (plus ou moins bien, mais bon.). Le temps de parler, d'écouter, de réfléchir. Le temps d'observer.
 
Alors une déchirure, en vrac, et sans ordre d'importance, ça a donné :
- le temps d'observer un homme qui prépare des petits plats et les sert sur un plateau.
- le temps d'écouter une amie qui dit : "finalement, les gens qui sont désagréables, tu réalises qu'ils ont toujours mal quelque part."
- le temps de regarder tranquillement un film, un DVD acheté il y a... des semaines. "Sur le fil", Sylvie Guillem.
- le temps de converser longuement avec une professeur de philosophie passionnante, et passionnée ; ce que je n'aurais jamais fait d'habitude, still running...
- le temps d'observer les gestes des ami(e)s (comme celle qui se lève un samedi matin aux aurores pour traverser Paris et m'aider à porter une grande boite jaune estampillée Kodak, merci Bella...)
- le temps de faire le tri, de ne laisser dans l'agenda que ce qui paraît essentiel, le temps de se limiter à une action par jour, ce qui n'est pas si mal dans la mesure où l'on pose cette action avec attention, délicatesse, et réflexion. 
- le temps de réfléchir au corps des danseurs, si souvent mis en images
- le temps de réaliser l'importance d'un pied, quand il ne se pose plus (et sans doute d'une main, d'un bras, d'un oeil)
- le temps de se réjouir, donc, entre deux Dafalgans, de pas mal de choses... 
 
Aujourd'hui, épreuve du feu : un portrait à faire, que je ne voulais pas annuler, pour tout un tas de raison. Hésitations, prendre les béquilles finalement même si c'est trop visible, parce que c'est plus sage. Se dire que le goût de l'image devrait faire oublier la douleur. Fondation Cartier. Je n'avais pas fait de photographies depuis la déchirure. J'avais mal, et j'avais peur.
Je n'ai rien senti quand je photographiais, je m'en doutais un peu. La personne photographiée s'en est allée, travail achevé, done.
Tout d'un coup, forcément, ça faisait vraiment mal. Alors il y a eu ce geste. Ces gestes. Celui de mon assistant, Antonin, qui au lieu de m'apporter mes béquilles a trouvé plus simple de me porter. J'avais 7 ans 1/2. Celui de Zoé, qui avait annulé un RV pour apporter son aide - vu mon état pitoyable ce matin, j'avais appelé au secours, elle avait entendu -, Zoé donc qui a attrappé mon boitier pour immortaliser ça, cet instant joyeux et charmant. Et puis Zoé a fait des bonds, j'ai photographié ça. Et puis j'ai caressé un oeil, Antonin photographiait. On ne partait plus... Voilà.
 
Vous savez quoi ?
Si j'avais su, je me serais déchirée plus tôt... ;-)
 
Enjoy !

 

 

 

 
 

   






 

Comment on this post

Emeline 11/30/2009 22:01


Ah ben tu vois, c'est la déchirure du renouveau, pour rentrer du bon pied (hé hé - ok, elle est nulle...) dans une nouvelle ère pleine de jolies choses ! Je t'embrasse très fort (de rien :-)
j'étais heureuse d'être là pour toi)