Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

 

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Je ne devais pas y être. Sans un allié providentiel et généreux, je l'aurais encore raté. Peut-être qu'il était temps, peut-être que parfois ça suffit de rater les êtres et les instants. Peut-être qu'il y avait urgence, finalement. Peut-être que l'allié le savait. Comment savoir ? On ne sait jamais vraiment pourquoi parfois le chaos de l'existence devient, l'espace d'un instant, harmonieux. Et pourtant...


Dès les premiers instants j'ai su. Que je n'en reviendrais pas. Que je n'allais pas être touchée, mais transpercée jusqu'au fond de l'âme, à chaque seconde et la suivante, comme si l'âme reconnaissait ce que je n'aurais pas pu espérer, puisque je ne savais pas que ça existait. Bouleversement fluide, ravissement mélancolique, renversement chaloupé, éblouissement à pas feutrés. Pas de choc, puisqu'aucune violence. Cataclysme discret, révélation souterraine. Pour toujours, et toujours.

En conséquence, je suis décousue. Propos décousus. Âme effilochée. James Thiérrée : Funambule sur le fil ténu de la grâce. Un instant, une idée. Une berceuse ininterrompue en terra incognita, une terre familière pourtant, celle des songes qu'on croyait évanouis. James Thiérrée aux commandes, poète manipulateur qui fait tourner les engrenages de sa machine à rêves. Ce qui l'anime, ce qui nous anime. Il nous ranime, aussi, et nous emmène, là où l'univers des possibles est à réinventer, sur une planète inconnue dans laquelle je demeure, échouée sur un rocking-chair, suspendue à des cordages, accrochée à son coeur qui battait partout, essouflée de ses cris silencieux, vaguement inquiète devant une lettre. Déboussolée. Pièce détachée d'une machinerie céleste. Errante comblée en son pays.

A ma droite une amie (de coeur), à ma gauche un Président (de la république). Drôle, étrange, incongru, à l'unisson finalement de ce soir-là. Je les ai regardés tout les deux, furtivement, dans la pénombre, m'arrachant une seconde à l'homme enchanteur, là-bas, avec ses acolytes, si lointains et si proches. Regard qui déambule, du spectacle aux spectateurs, pour vérifier, pour savoir, si eux aussi... Oui je les ai regardés, mes voisins, l'une et l'autre. Ils avaient le même sourire, un sourire léger, à peine dessiné. Je les regardais tous deux, arborant le sourire de l'enfance au bord des lèvres. Alors j'ai su, et j'ai souri en les regardant sourire. J'ai regardé le temps revenu, partagé, distribué, le temps des éblouissements premiers.

 

Rien ne peut être dénoué sans quoi tout est dénoué.

 

Se dire que l'on peut mourir après avoir vu ça.

Non.

Se dire qu'on ne peut surtout pas mourir avant d'avoir revu ça.

C'est toujours la même histoire, the same old story :

"Devenir immortel. Et puis, mourir".

Emerveillement. Temps fluctuant. Coeur à l'envers.

Floating time.

 

"Au revoir parapluie", James Thierrée, 26 mai 2011. 

 

 

J'ai hésité à le regarder, ce film, un peu mort, un peu figé, tellement contraire à l'instant vivant, et pourtant, après quelques jours, trop orpheline, j'ai cherché cette trace imparfaite ; je n'ai que ça maintenant qu'il sont partis, lui, l'instant, les fils lacés et délassés autour de mon âme tressaillante. Je suis perdue. Alors il reste ça, cette berceuse mélancolique et vraie, qui commence par une lettre à 2.07, qui m'achève et m'emporte, vague douce et obsédante, tressaillement intime, frissons pour l'éternité. Il y a eu ça, ces miettes d'absolu, et mille autres instants. Enjoy...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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