J'hésite. Imperator or not Imperator, that is the question. Je vais je dois j'ai envie de bouger, et je vais donc aller
dans des hôtels. Mes alliés. J'aime tout dans les hôtels : les couloirs identiques - confusing -, les clés, - quand ce sont encore des clés- , les portes, les fenêtres, les draps blancs, et
surtout, les fantômes. Je me contrefiche du luxe de l'hôtel en tant que tel. Souvent les hôtels avec des fantômes sont luxueux, mais pas forcément. Des hôtels avec une âme. Quand je traversais le
Viet-Nam dans tous les sens, je faisais comme d'habitude : les hôtels "rien", le plus simple possible, qui finissent par avoir aussi du caractère parfois dans la simplicité ou l'épure,
ou les hôtels "tout" : avec fantômes. Des chambres à 2 dollars, donc, ou la chambre à Da-Nang dans laquelle ont dormi Ho-Chi-Minh et quelques autres dignitaires du parti, avec sa
terrasse au-dessus de la rivière des parfums. Chambre étrange, circulaire. Comme si c'était hier.
Les fenêtres. Je refuserai la plus belle chambre du monde si les fenêtres ne s'ouvrent pas (c'est souvent le cas en Asie ou aux USA). Non pas pour la cigarette, pour l'air. J'ouvre toujours les fenêtres. Je suis bien dans une chambre d'hôtel si je peux m'en évader, immobile. Esprit, pensées vagabondes. Je dois pouvoir me pencher aussi. Femme penchée, un grand classique. ;-)
Hotel du Palais, Biarritz & Albergo del Sole al Pantheon, Rome
J'hésite. Nîmes. L'Imperator, ce sont les banquettes de velours rouge - où se concluent des accords et se murmurent des secrets- , la fontaine nostalgique, charmante
puis obsédante, Cocteau, Hemingway et Picasso, Ava Gardner et quelques toreros, l'Imperator c'est truffé de fantômes, c'est tellement étrange que ça vous attrape dès les premiers instants, il
faudrait presque faire des mouvements de bras pour écarter les spectres. L'Imperator je connais par coeur, d'ailleurs j'y ai ma chambre attitrée, la 310 - celle d'Hemingway - dans les moments
calmes, la 307 - d'un bleu ancien surrané - en période intense. On vient de m'appeler, j'ai dit oui, et pourtant j'hésite encore. Je connais l'envoûtement si particulier de ce lieu.
C'est une bulle, hors du temps. L'Imperator ? Je verrai plus tard. Il se peut qu'Elle arrive à me décider, aussi. Elle, l'amie précieuse, qui connaît les fantômes de l'Imperator aussi bien que
moi. A suivre.
Hotel Imperator, Nîmes
Baden-Baden. J'irai c'est sûr. Première fois. J'ai rendez-vous, c'est important. Je ne sais pas quel hôtel choisir; Il faut que je lise, que je comprenne l'histoire de cette
ville, et que je trouve où sont les fantômes. J'étudie la question.
Biarritz. J'y suis tous les ans, anyway, j'aime bien y aller davantage, dans les moments calmes. Paisibles, comme en hiver... Ah le souvenir de cette tempête sublime à Biarritz
au mois de février... ; à Biarritz il y a les deux extrêmes, l'Hôtel du Palais - qui pour être ultra-snob n'en est pas moins sublimissime, et chargé -. Mais à Biarritz il y a aussi, et
surtout, le Carlina. Tous les amis de Biarritz sont là, autour du Carlina. Le Carlina c'est un lieu simple, et magique, les couloirs semblent tout droit sortis de Shining,
chaque chambre a une terrasse, petite et parfaite, on peut être nue sur la terrasse allongée dans un transat et vue de nulle part alors qu'on voit partout, quelle insolence, on entend le bruit
des vagues 24h/24h, je peux rester des heures sur cette terrasse à regarder le ballet des vans Wolkswagen et des surfers déjantés qui guettent la vague. A Biarritz on ne regarde pas la meteo -
qui dit toujours n'importe quoi - mais Windguru. Pour connaître la force du vent et la hauteur des vagues. Le swell, oui Charlie...;-) Peu importe, Biarritz c'est aussi l'endroit où je
vais pour écrire. Seule, tranquille, en paix. Les amis ne sont pas loin, si l'envie de s'échapper survient, toujours est-il que j'ai passé des heures et des jours entiers à écrire, seule, là
:
Carlina Lodge, Biarritz
Je pensais donc y aller, bientôt, très vite, et aujourdh'ui une nouvelle connaissance m'a dit : "Je vais vous faire une proposition : si on allait à Biarritz ? Je ne connais pas Biarritz." Drôle. De toute façon je vais y aller. Au Carlina d'abord. Avec mes gros dossiers pleins de feuilles imprimées ou griffonnées. Tapuscrit - quel mot ! - ou manuscrit, enfin, des choses écrites. J'ai quelque chose à terminer, et je ne peux le faire que devant les vagues. Dont acte.
Carlina Lodge, Biarritz
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Des hôtels. des draps blancs. Des clés. Des fantômes. Des circulations. Tout ce que j'aime.
Berlin, The Regent.
Sienne, Oslo, & Londres. Le début, le milieu et la fin : les draps blancs
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Souvenirs d'exception ?
The Raffles, Singapour. Fantômes : 10/10. Le symbole de l'hôtel Oriental, la cour intérieure, les chambres aux planchers sombres, le jardin tropical... Hâvre de paix, décor du XIXème siècle. Trois ans après ma première visite, on m'accueille par mon prénom, avec la plus extrême gentillesse et un sourire merveilleux : "Welcome back, Anne, it's so good to see you again !" dit le Directeur de l'hôtel himself. Marketing bien fait, mais classe absolue. Le tout dans la détente. Il n'y a que les imbéciles pour faire rimer luxe avec raideur. Il n'y a pas de rapport en vérité. Un hôtel où le personnel est guindé ? Courage fuyons. Ce n'est pas du luxe mais du snobisme. Le vrai luxe, c'est d'abord d'être bien. Au Raffles, donc, on y est bien, ça évoque Fitzgerald & Truman Capote, on boit au Long Bar des Singapore Sling, on se pose au Writers bar ainsi nommé en hommage aux écrivains qui séjournèrent au Raffles : de Kipling à Joseph Conrad en passant par Malraux (Oui, certains ministres de la culture ont du goût). Et puis, on rêve. Ou on écrit. Ou on lit.
The Park Hyatt, Tokyo, quand "Lost in translation" n'existait pas encore. Une atmosphère. Noir, gris, vert amande. Dessins de Sempé. Les meubles vissés au sol dans les
chambres du 50ème étage, en cas de tremblement de terre. Cette notion de fragilité, et de passage, cette philosophie qui devient familière quand on vit à Tokyo. J'y vivais depuis deux ans,
c'étaient mes derniers jours au Japon. J’avais une carte d’"Alien", ça m’a toujours fait rire. Dix jours au Park Hyatt, à regarder les lumières éphémères d'une ville ancienne et
nouvelle. Une ville, un pays où j'ai été incroyablement heureuse, deux ans durant. Au Park Hyatt j'ai dit au-revoir à Tokyo ; j'ai beaucoup écrit, ces dix-jours là. J'écris beaucoup dans les
chambres d'hôtel anyway. Même quand elles sont neuves. Il y a des lieux qui sont accueillants pour les fantômes. Ils y viendront, ça se sent. Le Park Hyatt est de
ceux-là.
Le Park Hyatt, j’y avais aussi passé du temps avec Lee McQueen et toute sa bande, c’est là que tout a commencé. Il venait d’arriver chez Givenchy, on le “lançait” au Japon, défilé, interviews, TV show, "casual" walk in the city, la totale. Je quittais la maison tôt et j’arrivais chaque matin au Park Hyatt, on prenait tous le petit déjeuner, je viens de retrouver ça, des polaroids de Nicolas Jurnjack, le coiffeur allumé de la bande, 2 polas et un papier où j’avais noté les plus grosses bêtises de Nicolas... Je m’asseyais toujours à sa table, on riait tellement.
Lee arrivait, il me demandait : "Tu sais jouer du piano ?” J’avais honte de répondre ”non” et je demandais : "pourquoi ?" . Il me disait : "J’ai cette chambre, là, immense, trop grande, avec un piano à queue... Si au moins quelqu’un pouvait jouer... Sinon c’est ridicule." "F’... Piano, F... Money. I don’t give a shit !” je souris en écrivant ça. Lee, jamais impressionné par le clinquant, indifférent, perdu dans sa suite gigantesque. Petit déjeuner, donc, ensuite on travaillait jusqu'à point d'heure, parfois on faisait la fête, pas tellement, on s'attardait plutôt, on revenait au Park Hyatt. Conversations tardives... Passer une semaine en continu avec des êtres, c'est comme être sur un bateau. Ou on s'aime, ou on se quitte. On ne s'est jamais quittés.
A Oslo : le Grand Hôtel. Celui où est remis le prix Nobel depuis 1901. Vous imaginez le nombre de fantômes ? Ibsen aussi adorait cet endroit. Testé en
décembre dernier. Trois jours avant Obama. Les "Osloers" étaient tout excités... Moi aussi ;-)
A New-York : le Chelsea Hotel, sinon rien. Le lieu où ils ont tous séjourné, en payant parfois de leur "artwork", tous les musiciens, écrivains,
peintres, tous ceux qui avaient une âme et créaient dans les années 60-70 passaient une semaine ou 6 mois au Chelsea Hotel. Bob Dylan, Janis Joplin, Leonard Cohen, Jimi Hendrix, Arthur Miller,
Allen Ginsberg, Thomas Wolfe... Arthur C. Clarke y a écrit " 2001 : A Space Oddissey ", mis en scène ensuite par Kubrick. Le Chelsea c'est le plus mauvais service dans toute la ville de
NY, pas même de petit déjeuner - "Come on, you can grab a coffee anywhere in the street, Love" - et on s'en fiche. Le Chelsea Hotel c'est au-delà de tout... Racheté récemment
par un business-man avisé, je n'y suis pas retourné récemment, je crains que les fantômes aient déserté, ou pire, qu'on les ait chassés. We'll see. Il y a cette photo faite au Chelsea, cet
auto-portait que j’aime tant, il s’appelle “Room 912, II”. Je l’ai exposé et même vendu, alors il peut bien apparaître ici. Je l’aime parce qu’il semble indécent alors qu’il ne l’est pas (même
pas nue, petite joueuse...), j’aime la lumière surtout, la lumière des matins de new-yorks, et la main, et le mystère, et les fantômes ont fait le reste.


Chelsea Hotel, NY, NY
A 150 km de Hanoï, dans la baie d'Halong, le Ha Long Hotel N°1
Difficile de parler de cet endroit... C'était il y a une douzaine d'années, je crois, peut-être davantage. Le Vietnam était encore préservé du tourisme de masse. Ni Four Seasons ni Novotel ni rien. L'air conditionné n'existait que dans UN hôtel dans tout le pays, le Métropole à Hanoï, bâtiment rénové sans respect, facade d'un blanc criard aveuglant, style "colonial" d'une vulgarité affligeante. L'intérieur était à l'avenant : mobilier d'hôtel international, impersonnel, bref lieu de "repli" pour expatriés soucieux de retrouver leur confort occidental.
En revanche, il existait un lieu merveilleux, l'Hôtel Ha Long N°1. Ho-Chi-Minh et les autres y ont séjourné, bien sûr, dans cette bâtisse charmante d'une vingtaine de chambres surplombant la baie. Wargnier a immortalisé l'Hôtel Ha Long dans son film "Indochine", mais peu importe, ce dont je me souviens, ce sont les longs corridors extérieurs, la simplicité émouvante des chambres, la vue insensée, la nostalgie et la tristesse des fantômes, les pas comptés des femmes de chambre, qui semblaient porter mille ans de souffrances sur leurs épaules, et souriaient néanmoins avec bienveillance. Trois chambres, y compris la mienne, étaient occupées le premier jour. Ensuite j'étais seule.
Toute la vaisselle était bleue et blanche, décorée des deux rochers célèbres de la baie d'Halong que l'on nomme the lovers. Au petit déjeuner elles m'ont vu examiner cette vaisselle raffinée, vestige d'un temps plus heureux, et le dernier matin elles m'ont proposé de me vendre discrètement tout ce que je voulais, sans le dire au "boss". J'ai refusé bien sûr, en revanche j'ai voulu leur donner une liasse de dollars qui pourrait les aider, un simple cadeau. Je crois que le salaire moyen d'un Vietnamien était alors de l'ordre de vingt dollars. Je tentais de leur donner dix fois plus, et ce n'était rien pour la touriste privilégiée que j'étais, enfin ça m'était égal. Oui mais. Les Vietnamiens sont des gens admirables, et dignes. Elles ont refusé. La discussion a duré, elles s'entêtaient. Elles voulaient l'argent, si je prenais la vaisselle. Sinon elles refusaient. J'ai montré mon sac à dos, je leur ai expliqué comment je voyageais (des bus, des trains chaotiques, tout et n'importe quoi) elles n'ont rien voulu entendre et on commencé à emballer des tasses, des soucoupes, une cafetière, tout le petit déjeuner y passait. Obstinées, avec grand soin, elles lavaient, essuyaient, emballaient finalement dans des serviettes de papier, ignorant mes protestations. Je riais finalement, et les fantômes aussi, et ces deux femmes aussi. L'atmosphère avait changé de couleur. Elles ont saisi mon sac à dos, elles ont tout rangé, l'ont refermé, ont souri, et je les ai payées. Il me restait une semaine de voyage, je savais que ce serait tout sauf pratique, mais je n'ai jamais pu me défaire de cette vaisselle. Je l'ai toujours.
Je pense que je ne pourrai jamais retourner au Vietnam, ni à Saïgon, ni dans le village de Hoï-an, ni sur la plage de China Beach, ni dans la baie d'Halong, ni à Hanoï. J'ai vu un pays abîmé, mais fier, et superbe. On me dit que c'est devenu une "Thaïlande bis". Enfin peu importe. A l'hôtel Ha-Long N°1, comme dans tous les villages où je me suis arrêtée, les fantômes étaient aussi admirables que les habitants. Bien des femmes m'ont serrée dans leurs bras, j'ai été invitée par des familles parlant français, j'ai écouté des histoires terribles ou attendrissantes, et je ne serais pas surprise qu'un fantôme ou deux aient dormi à mes côtés. A vous d'aller voir cet Hôtel, racontez-moi, je n'ai pas le courage d'y retourner, j'ai peur de ce que je pourrais découvrir. Je vais essayer de scanner la vaisselle, tiens, c'est assez surréaliste pour être tenté ;-)... Voilà, ça donne ça :
Ha-Long Hotel N°1, coffee set - Of course, chaque pièce est unique, puisque peinte à la main. Si si.
A Arles : le Nord-Pinus. Les photos de Peter Beard dans le bar. Les mêmes fantômes qu'à l'Imperator, plus ou moins. Helmut Newton aussi, j'en ai parlé je crois, ici ou ailleurs. La suite N°10. Et tout l’hôtel. Double ; trouble. Ici c'est un peu à la vie à la mort, sur fond d'élégance. Il s'est passé des choses au Nord-Pinus. Une nuit d'orage. Un homme entre la vie et la mort. Des gens qui attendent. La vie, et jusqu'au verre qu'on boit avec une prétendue légèreté dans le bar, entre le portrait de Karen Blixen et le rhinoceros de Peter Beard, tout est plus intense au Nord-Pinus. Et plus grave. Et plus léger, ça va ensemble. Si on a le sens de la réserve. Sinon, c'est magnifique tout simplement, décoré avec subtilité par une femme d'exception qui a fait revivre l'endroit, laissé à l'abandon. Collections de photographies - on est en Arles, tout de même -, meubles anciens, terrasses de rêve. Oui, c'est magnifique, et l'essentiel n'est pas là. Invisible pour les yeux, forcément... ;-)
Hôtel Nord-Pinus, Arles
A Rome : L'Albergo del Sole al Pantheon. Dans les appartements uniquement. Pour devenir romain. Un bâtiment en dehors de l'hôtel, une petite ruelle, une vraie clé, la porte extérieure, un appartement, des fenêtres, le Panthéon. I mean, THE Pantheon. The real one. Déplacer le fauteuil, le mettre en face de la fenêtre. S'y glisser chaque matin, au réveil, avant toute autre action. Croiser un fantôme. Se frotter les yeux. Sourire.
Albergo del Sole al Pantheon, Rome
A Londres : Eleven Cadogan Gardens, enfin c'était son nom, transformé aujourd'hui en plus épuré encore : N°11. C'est un hôtel étrange, et littéralement crowded with ghosts, puisque, ce que vous ne lirez nulle part, mais qu'il faut savoir, c'est que c'est un nid d'espions. Ne me demandez rien : maintenant vous savez, voilà tout. De l'extérieur, une maison luxueuse dans Chelsea. Officiellement, un club et un hôtel - et vous et moi pouvons y séjourner, et ça c'est vraiment surréaliste - en réalité il y règne une atmosphère à la Agatha Christie. Unique. Pas de réception, un majordome surgi de nulle part, comme par enchantement, vous acceuille, tout est sombre, sobre, subtil. Very chic. So funny also. Tout est tellement British au N°11, y séjourner c'est participer du mystère, se sentir l'âme de Mata-Hari, et prendre une leçon de style. Pourquoi j'y étais merveilleusement bien ? Parce que ce lieu est obscur mais chaleureux. Envoûtant et follement sensuel. Ou sensationnel. Non, sensuel. Oh peu importe, enfin surtout, c'est difficile à décrire, mais on se sent en permanence entouré. ...!!!... Inutile de dire que le service est hors-pair, et la discrétion, dans toute l'acceptation du terme, absolue. Allez-y, vous verrez, enfin non, vous ne verrez rien, vous ressentirez. Quand on quitte le N°11, on se retourne au bout de quelques pas pour être certain qu'il existe vraiment.
Londres encore, autre quartier (Clerkenwell) et autre style : The Zetter. Découvert récemment. Un lieu contemporain pourtant, mais une vraie alchimie. Le Zetter c'est un lieu trendy, étonnamment réussi, un peu une ambiance Kubrick, mais époque "Orange mécanique". Le Zetter est pop, ici les fantômes n'ont pas des suaires blancs, mais oranges, c'est certain. Tout est d'humeur joyeuse, c'est un équilibre fragile, et difficile à trouver ; j'ignore pourquoi, mais au Zetter on n'est pas dans une bulle, on a envie de faire des bulles. D'you see ? L'essence du divertissement... un bar très 70's, des chambres aux lumières colorées, des draps blancs d'une infinie douceur. Les couloirs et escaliers rendent fou, je devrais détester, et j'y retourne. Et chose surprenante, j'y ai toujours des conversations-fleuves avec des inconnus. A moins que ce ne soient des fantômes ? Bref, passer le seuil du Zetter équivaut à boire un élixir. Nouveau, ou vieux comme le monde... Un délice ;-)
The Zetter, London
A Paris aussi j'ai séjourné dans beaucoup d'hôtels. Six ans de vie à l'étranger, de nombreuses visites, professionnelles le plus souvent. Quand rester chez des amis -qui prennent une photographe pour une personne qui travaille 3 heures par semaine, et vous chargent de réceptionner le colis, le chien, et la Mamie- devient compliqué. Des amis qui grimacent quand vous profitez de votre temps à Paris pour un dîner "d'affaires" un soir ou un autre. Pur malentendu, plus simple à l'hôtel. Il ne fallait pas me pousser beaucoup... Le Lenox, et ensuite tous les hôtels de la rue Jacob, je pense. Les Marronniers, la Villa - pour son club de jazz -, les Deux Continents... Saint-Germain des Prés, toujours. Parfois, se faire plaisir : l'Hôtel, rue des Beaux-Arts. A cause d'Oscar Wilde, entre autres. Sa dernière demeure. Fantôme fantômes... L'hôtel des Beaux-Arts est un labyrinthe, à l'image de son escalier, saisissant. Dangereux. Certains s'y retrouvent, d'autres s'y perdent. Les fantômes ne sont pas tous innocents.
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J'écris, beaucoup, et je photographie dans les hôtels. Je me photographie. C'est assez rare pour être signalé, et c'est cohérent puisque l’endroit que je préfère pour ça ce sont les
chambres d’hôtel. Peu de chambres sans miroirs...il n'y a qu'à traverser. Seule avec mes fantômes, mes peurs ou mes secrets. Ou avec moi-même. Bien sûr parfois je suis allée en
amoureuse ou en famille dans des hôtels ; mais si je dis la vérité, the naked truth, j’aime être seule dans une chambre d’hôtel. Je déplace les meubles, je bouge des choses, je
me pose, je fais mon nid. Et si je partage une chambre d’hôtel, j’ai presque l’impression d’inviter. Oui c’est absurde, et non, au fond. Je comprends très bien les êtres un peu fantasques qui
habitent dans des chambres d’hôtel à longueur d'année. C’est presque plus authentique que ces gens un peu stupides qui investissent et ont l’impression de posséder. On ne
possède rien, à part soi-même (quand on y parvient). Et c’est parfait ainsi.
Imperator, Nîmes, chambre 310.
Imperator, Nîmes, Chambre 307
Paradoxe : il faut pouvoir fermer les portes, pour choisir quand les ouvrir. Comme les fenêtres. J’aime les conversations dans les chambres d’hôtel. D’abord par impertinence : on n’est pas supposé “inviter” dans une chambre d’hôtel - encore que cet usage, charmant et désuet, tende à disparaître-, donc, comme je suis une chipie, je le fais presque systématiquement. Hommes, femmes, il y a de la visite, souvent. Peu m’importent les éventuels regards du réceptionniste, au mieux je m’en amuse, le plus souvent je suis indifférente. Il y a une intimité dans les chambres d’hôtel qui est propice aux entretiens ; Je ne me souviens pas d’une seule de ces conversations qui ait été anodine. Le lieu se prête à la profondeur, ou à l’essentiel. Au pire, des fantômes écoutent. On leur servirait presque un verre... Une chambre d’hôtel c’est sacré et païen, trouble et limpide, inquiétant et apaisant. Plongée en eaux profondes. Une île au coeur d'un labyrinthe, comme à l'Hôtel rue des Beaux-Arts. Parfois je soupçonne les couloirs d'avoir été conçus pour se perdre, ou tout au moins, pour déambuler un moment. Méandres des pas et des pensées, en harmonie. Souvent, dans les hôtels, le temps est distendu. En tout cas il n'a pas la même valeur. Non. Consistance. Le temps liquide ? Vaporeux ? Allez savoir...
Grims Grenka, Oslo & Nord-Pinus, Arles
Grims Grenka, Oslo & The Zetter, London
Hotel du Palais, Biarritz
Dans les hôtels il y a des codes, des rites et des usages. Tout est silencieux et feutré. On est dans le non-dit. J'aime cette réserve, cet anonymat qui n'en est pas un, cette épaisseur dans l'atmosphère. Enveloppante, et pas oppressante. En réalité on sait tout de vos faits et gestes dans les hôtels, mais on fait comme si on ne savait rien. On appelle ça la discrétion. Accord tacite. La seule chose qui demeure privée, ce sont mes conversations avec les fantômes. Et la seule trace visible de mon passage, ce sont des images. Des traces d'existence ?
Hotel Imperator, Nîmes & The Regent, Berlin
Je suis toujours troublée lorsque je quitte une chambre d'hôtel. Quand les bagages sont faits, je regarde ma chambre - possession illusoire - une dernière fois, regard circulaire. Je sais que dès que j'aurai passé la porte un bataillon de femmes de chambre, superviseur, whatever, se l'appropriera, elle redeviendra autre, étrangère. Et pourtant. J'y ai un peu vécu.
Hotel Imperator, Nîmes
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Alors Imperator, or not Imperator ? Je sais que Cocteau s'amuse, comme tous les fantômes. Je sais qu'il sait que j'ai, sans doute, déjà décidé.
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