Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

© Yuki Onodera, Galerie RX

P comme Pathétique ?

Je n'aime pas Paris-Photo. Les images se tiennent dans des boxes, dans des cases, chacune correspondant à une Galerie ou un Editeur. Ici on parle business, on note des prix, et les images essaient d'exister. C'est une foire, oui, la foire d'empoigne, je respire mal dans cette foule compacte, au moins se dire qu'il y a du monde pour regarder, et peut être acheter, des photographies. La nature a horreur du vide ? Pas moi.

les images s'entretuent, elles n'arrivent pas à exister sur ces murs blancs de pacotille qui n'existent que pour quelques jours, 4 exactement, comme les 4 côtés d'un carré têtu qui essaierait d'expliquer la quadrature du cercle : en 2009, quel sens cela a-t-il d'être photographe et de tenter de dire l'indicible dans une image ? Les gimmicks le disputent aux images traditionnelles, les grands tirages numériques "Archival Quality" (je souris... quel pari !) n'arrivent pas à étouffer des tirages argentiques parfois miniatures (8x10cm). Tellement d'images. J'essaie de les regarder une à une, de leur rendre leur dignité, enfin pour certaines. Parce qu'il y a de tout, à Paris-Photo, forcément.
Bon. Je n'aime pas le chiffre 13, non plus.

 
Je retiens, au milieu du chaos : la tendance forte du clonage et de la multiplication des faits, choses et êtres sur de nombreuses images. "Je ne suis pas un numéro", disait le prisonnier. Sinon : Avedon est toujours là, Steidl aussi. La provocation facile et vulgaire fait toujours recette (ou tente de). Les dinosaures aussi.

Chez
 Steidl tous les livres sont beaux. Magnifiquement imprimés. A tel point que l'on oublierait qu'il existe encore, en France et ailleurs, quelques éditeurs qui se considèrent comme des artisans et font aussi bien que Steidl, oui, bien sûr. Enfin je regarde "On the road", c'est magnifique, je relis les mots de Kerouac, Baaaaaaam, ça décolle vite, et fort. Sacré Jack, ça fait du bien. Aouch ! 6800€ quand même (eh bien oui, je parle d'argent, nous sommes bien à Paris-Photo ?!). Gants blancs pour Kerouac ! Avedon est là, donc, majestueux et inévitable (tant mieux) et tiens, à côté Roversi. Ils ont enfin sorti "Studio" de Paolo Roversi dans la version courante. Je n'avais pas pu attendre. "Studio", je l'ai depuis quelque temps déjà en édition intégrale,limitée numérotée, achetée à Milan. J'ai peu de livres de photographes, mais Roversi c'est un de mes poètes favoris. Parfois il est bon de ne pas lutter. 
Dans le catalogue 2009 de Steidl, il y a un édito. 11 lignes. Qui commencent par "En ces temps de morosité..." et finissent sur "... temps difficiles". Entre les 2, on a le temps de lire "récession", "récession", et "refroidissements". Brrrr ! 
M. Steidl souligne dans son édito que "chez nous, les responsables du marketing n'existent pas !". Ah bon ? Ton nez s'allonge, Gerhard... Tout le monde sait qu'un des directeurs marketing, officieux bien sûr, s'appelle Karl Lagerfeld. Bon. Steidl prend des risques(!), donc, en annonçant ses dernières publications : Cartier-Bresson, Sieff, Walker Evans, Depardon ou Robert Frank. Hm hm. Prise de risque maximale, morte de rire. (Oui je sais : "Récession.") 

Je m'agace devant deux tirages d'une photographe "tendance" d'une grande agence parisienne. Encore une qui glorifie son incompétence derrière un prétendu propos engagé. J'ai la nausée, deux fois. D'abord parce que je pense que la technique peut-être dédaignée quand elle est maîtrisée, c'est là que commence la liberté du photographe, son propos et sa signature, sinon j'appelle ça de l'amateurisme et ça correspond au degré zéro de l'honnêteté intellectuelle. Ensuite parce que 4000 euros, quand même, pour les tribulations peu esthétiques d'une photographe qui me disait lors d'un déjeuner "Je ne veux pas d'enfants, je suis concentrée sur moi" et n'hésite pourtant pas à photographier - vite et mal, donc, très flou très sombre - des enfants malheureux au Rwanda ou ailleurs... Silence. Soupir.
Sur le site de son agence, on peut lire : "...la décision d'explorer le monde de l'enfance en tentant de visualiser des sentiments, ce qui n'est guère évident et représente un réel enjeu. "
Excusez-moi : Morte de rire. Bis.

Je m'éblouis, heureusement, devant la poésie achevée de petites fenêtres éclairées. Le poète est une femme, elle s'appelle Yuki Onodera, Galerie RX. L'oeuvre exposée c'est "Look out the window", 2000. Je reste longtemps devant ces fenêtres, je suis bien. Une longue inspiration. Découvrir un regard, un propos et une émotion. Bonheurs.

Je me penche sur les petits tirages de 
Matt Wilson. Quand une photographie est belle, et toute petite, il faut s'approcher. On a l'impression de franchir un sas. J'adore cette sensation. Rapport unique à l'univers du photographe.

 

Voilà, Paris-Photo c'est ça, le pire et le meilleur, je vais d'écoeurements en éblouissements. Ce n'est pas une sensation agréable.
Parce que justement, à Paris-Photo, il n'y a ni lumière ni fenêtre. Symphonie en sous-sol. Cacophonie ? Beaucoup à voir, c'est vrai. Trop. Et pas de cette manière.
Efficace ? Même pas. rassemblement désordonné d'un business qui me semble déboussolé.
 
Quand je suis perdue, je fais des photos, c'est comme ça que je me retrouve.
Même à Paris-Photo. 



Eblouissement :
 
©Yuki Onodera




STEIDL :
Oui. Tous les livres sont beaux. Sublimes. L'Etat de l'Art.
 

 



(Pourquoi la simple photographie d'une lampe par Roversi me donne des frissons ?)



"La scène arabe et iranienne à Paris Photo", dixit le communiqué de presse :










A vous de voir :


 


Boucler la boucle :
  
©Yuki Onodera


Il y a ça, aussi, notamment, chez Yuki Onodera (voir Galerie RX) :

©Yuki Onodera

Un très beau projet qui s'appelle "Plus bas qu'Orphée".
Tiens, encore une lampe...;-)
Alors je me dis tranquillement :
"J'ai vu de la lumière, j'ai eu envie d'entrer."



 

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