Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

wIMG 5953

 

 

Impossible d'évoquer précisément chaque instant de cette soirée du 6 avril à Paris : "Hope Japan". Un tout, une entité, un bloc d'humanité. Ne pas savoir, ne rien attendre. Recevoir. Partager. Ressentir. Le recueillement. La gravité. La sobriété aussi, ou la simplicité. L'épure, les chocs. Pleurer silencieusement, à la lecture de la "Lettre de Sendai", écouter la voix posée et dense et vraie d'un homme qui dit la Vérité. Celle du Japon en ces temps de désolation. Décider de trouver cette lettre de Sendai, pour la lire, et la relire encore. Pour refuser l'accoutumance, le désintérêt du malheur de l'autre. Civilisation du zapping ? Pas ici, pas maintenant. Ne pas dédaigner la désespérance et le chagrin. Durables. Et le vide aussi, irréversible. Se souvenir, autre lieu, autre temps. Kenzo Takada, il y a longtemps, parlait de "chagrins définitifs".

 

Se souvenir que l'on parle japonais. Forcément. Frémir de ça aussi. La beauté de ces Haiku, distillés au fil de la soirée. Des haiku si emblématiques de la civilisation japonaise et de son raffinement. Peu, c'est parfois tellement. L'essentiel. Et dans l'essentiel : la grâce suspendue, l'infinie poésie, et jusqu'à l'humour délicat. Plonger à l'intérieur, un bref instant.


Observer la dévotion de chacun, l'engagement et la pureté de chaque artiste en scène. Noter mentalement le silence et le calme du public, parfaitement immobile, uni face à l'impermanence du monde, sa violence et sa fragilité. Une communion. Communier par toutes formes d'art pour une seule forme d'humanité, que l'on nomme entraide. Retrouver des artistes que l'on connaît et découvrir ceux que l'on ne connait pas. Etre également bouleversé par tous. Peut-être parce que, dans ce rassemblement de talents, de mots, de gestes et de musiques, il n'y avait qu'une intention, unique, partagée.Voir renaître l'espoir. Conscience tactile. Toucher du doigt ce qui doit être : Hope.


Saluer ceux qui saluent. Un ensemble. Et puis se préparer à partir. Le plus lentement possible, prolonger l'instant, mettre des sourires à la place des larmes, parce que c'est nécessaire, parce que l'espoir a besoin de ça aussi. En ce lieu, à cet instant, se remémorer, à toutes pulsations, la définition du mot "humanité" : Ensemble des hommes / essence de l'être humain / bonté, bienveillance envers ses semblables. Synonymes : bienveillance, compassion, bonté, charité, sensibilité, abnégation, douceur, générosité, philantropie, altruisme. Remercier chacun, un à un. 


Instant sacré, once in a lifetime. Se dire enfin qu'un geste a été fait, songer aux autres gestes, très nécessaires, les prochains, les suivants. Les gestes à faire dans les semaines et les mois qui viennent. Parce que l'espoir se nourrira de ça : de chaque fragment d'humanité, ici ce soir, ailleurs et n'importe où, demain et après-demain. Parce que l'espoir, au Japon, devra durer plus longtemps que la peine.

 

 


 

wIMG 5928

 

wIMG 5950

 

00-2011-new 5958

 

wIMG 5962

 

 

 

 

 

 

 

 

" Ô, petit escargot,
  escalade doucement, doucement.
  C'est 
le mont Fuji. "

 

 

 

 

 

 

 


Comment on this post

sc 04/07/2011 12:06


Nous sommes nombreux à avoir beaucoup de chance, celle de vous lire sur votre blog. Une présence régulière, qui nous aide à distinguer l'essentiel de l'insignifiant. Hier soir, quelques pensées
depuis Garnier pour votre soirée. Plutôt des bambins sur scène, mais sans doute un point commun avec les artistes exceptionnels réunis au TCE, la volonté de se dépasser, d'atteindre quelque chose
d'unique. Et pour finir la soirée, sur l'horizon, un croissant de lune,incroyablement fin, symbole et poème.