Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

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 Vrai guéridon. Vrai sable. Vrai Polaroid.

 

 


Je devrais avoir déjà rapporté ce guéridon. Oui mais.

Le pied est en fonte, un pied à trois branches, un pied sur lequel il reste du sable. Qui s'accroche. Aux trois extrémités.

J'ai emprunté ce guéridon, théoriquement pour 24 heures. Depuis plus de 48 heures je devrais l'avoir rapporté, depuis plus de 48 heures je ne le fais pas, je sais pourquoi.

Avant de le rapporter, il faudrait que j'enlève le sable. Je n'y arrive pas. Pas envie.

Alors je tergiverse, ce qui est idiot, j'ai déjà tranché. Que faire ? Je sais.


Je crois que je vais le garder, je vais aller voir le propriétaire et lui donner ce qu'il voudra.

Idée absurde, qui me plaît donc évidemment.

Pas plus absurde qu'une poignée de sable, douce et tiède, qui glisse entre les doigts.

Moins absurde que de vouloir acquérir, par exemple, un château délabré en Italie parce qu'on y a passé des heures particulières.

Moins absurde que la vie elle-même, anyway.


Voilà, absurde et fière de l'être, je vais garder ce guéridon pour ne pas faire un geste, pour ne pas enlever le sable.
Et quand le sable tombera de lui-même, dans un mois dans un an, I will let you know...

Si chère auto-dérision... Ce sentiment comme un paravent, un sentiment qui me rappelle que je me contre-fiche d'ordinaire des objets, de posséder ou de garder, un sentiment qui me présente le miroir où je souris de cette absurdité-là : garder une table pour une poignée de sable.

Un guéridon naufragé, oui, pour me souvenir de cette pensée obsédante, que j'écrivais hier soir dans un carnet apparemment aussi anodin que ce guéridon : nous sommes tous des naufragés de la vie.



 

 

 

 

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