Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

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J'ai tous ces timbres. Ces beaux timbres. Pour les belles lettres à vous écrire, les vraies lettres, de A à Z toutes tracées à la plume sur un velin choisi, lettres séchées sous le souffle d'une femme, lettres scellées à la flamme d'une bougie. J'ai tous ces timbres, inutiles, je n'écris plus, ou peu, je ne vous ai pas écrit, pas à vous moins qu'un autre mais enfin pas à vous du tout, pas de timbres pas de lettres, juste des mots envisagés jamais couchés, ils dorment pourtant au fond d'un tiroir avec les timbres, enfin ils ne dorment pas ils font semblant. Second tiroir, juste au-dessus, les bâtons de cire, couleurs passées ou vertigineuses, des carmins des bleus gris des ors, des bruns des bleus foncés et l'écarlate bien sûr. Encore plus haut les feuilles, filigranées comme il se doit pour vous écrire, un blanc cassé, naturellement. Et je continue, quand je vois un timbre épatant, d'en prendre quelques uns pour quand je vous écrirai je ne peux pas m'en empêcher. Ils m'attirent ils me murmurent ils m'encouragent : reprends la plume ! mais je résiste, je sais me montrer inflexible face aux timbres. Ceux du tiroir. J'ai beaucoup de timbres vous savez ils reflètent tout ce que j'aime de Stael à Delaunay, j'ai commencé quand je ne vous connaissais pas. Je gardais tous ces timbres pour toutes ces lettres à écrire. A vous écrire assurément. Les lettres capitales. De temps en temps l'un a vécu, un timbre élu, soudainement estampillé, le cachet de la poste faisait foi, mais non. Erreur passagère, lettre non majuscule, je passais le temps certainement en attendant de vous écrire. Je gardais précieusement les timbres les plus raffinés à déposer du bout du lèvres sur une enveloppe à vous destinée. J'ai pris ces timbres en prévision, pour quand je vous rencontrerais. Ce sont les timbres en suspension. Encore aujourd'hui j'en ai trouvé trois, je prends toujours des identiques, pour qu'ils ne s'ennuient pas, et pour qu'une lettre en suive une autre, j'écrirai des séries, voyez-vous, des trilogies des cycles et des épisodes. Et puis des lettres singulières. En vérité je ne pense pas que je vous écrirai mais si jamais sait-on ? sait-on jamais ? Au cas où, peut-être, en tout cas soyez rassuré j'ai les timbres, plein de timbres, j'ai mis les trois nouveaux avec les autres. Je me demande lequel je choisirai quand je vous écrirai fatalement, je crois que je sais. Je prendrai le premier, unique, trouvé pour vous quand vous n'existiez pas.

 

Et après... Je ferai tous les gestes, je prendrai la feuille, l'enveloppe, la plume, l'encre, la cire et la bougie, je poserai chaque geste avec soin et quand l'enveloppe sera scellée, je ferai la chose ultime, j'aposerai le timbre. Simplement, sachant que : verba volant scripta manent, le silence est d'or, et qui ne dit mot consent, je n'aurai rien écrit sur le papier, rien, absolument rien. Evidemment j'attendrai votre lettre que j'espère à l'identique. Croyez-vous que je doive glisser un timbre pour la réponse ?

 

 

Je suis timbrée.

 

 

 

 

 

Comment on this post

Libellule 06/03/2011 20:24


Doux mensonges? Oh non, inventer, ça n'est pas mentir... :)

D'accord d'accord, je vais essayer de ne pas trop me taire. Mais c'est difficile d'apprendre à parler.. ;-)


Anne D. 06/02/2011 13:24


Oh ! Merci... Merci !
If I dare : ne jamais laisser personne dire que vous êtes minuscule, ou bien : nous le sommes tous. Arrêtez de ne rien dire chaque jour, s'il vous plaît. Sinon les conversations se résument à des
monologues...
Quant au rêve et à la réalité, la frontière est mince... Certaines choses sont très vraies ici, et d'autres très inventées. Doux mensonges. Who cares ? ;-)


Libellule 05/29/2011 11:30


Je dévore ce blog depuis plusieurs semaines, chaque jour, en rentrant chez moi, je me précipite sur ces images, sur ces voyages, sur ces mots, tantôt criés, sussurrés, suggérés, entrelacés,
entremêlés, en liberté. Et chaque jour j'ai envie de dire quelque chose, et chaque jour je ne dis rien, parce que. Je suis comme un misérable petit être humain au pied de l'Everest, une petite
créature subjuguée devant quelque chose de beaucoup trop grand et beau pour elle.

Cet article tombe du ciel et est un excellent prétexte. Je l'adore. Une petite larme en voyant ces timbres. Objets des plus fascinants... Depuis l'âge de huit ans je les garde tous, strictement
tous, tout ce qui me tombe sur la main, les albums remplis s'accumulent encore et encore. Et quant à la magie de recevoir une jolie lettre...

Je m'égare. L'occasion de vous dire merci et bravo pour toutes les invitations à la rêverie, ou à la réalité, c'est selon. Alors, Merci.