Published by ANNE DENIAU aka ANN RAY

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Sometimes it's lonely out there... Oui. Why ? Je ne sais pas. Je ne sais pas d'où vient ce sentiment. Le sentiment de pas avoir vu la même chose que les Autres. Décalée. Vaguement désolée. Isolée ? Surexposée ? Je ne sais pas. Mats Ek. Nul besoin de dire ici mon admiration sans bornes pour ce chorégraphe de génie, voilà, le mot est lâché. J'y reviens pourtant. Parce que. Ce sentiment diffus. Une sorte de... Je ne sais pas.

 

Je ne fais pas de réelles critiques des spectacles auxquels j'assiste.

[ici j'avais écrit pas mal de trucs, j'ai effacé, on s'en fiche ...]

Je ne sais pas faire ça.

 

Oui mais. Mats Ek. Quand même. Il y a cette chose, là, cette pièce étrange, avec ce nom tellement juste, c'est bien ça : "A sort of...", "une sorte de...". A vrai dire je n'ai pas lu de critiques, j'ai simplement écouté. Les uns et les autres, vrais amis et vagues connaissances, me disant "humour, légèreté, jubilation, drôle, allumé..."

Ah.

Je n'ai rien vu de tout ça.

 [et là j'avais écrit d'autres choses, pas nécessaires ...]

 

 

 

... à toutes fins inutiles, ce que Mats Ek me dit :


L'intérieur, l'extérieur, le dedans et le dehors, les rôles, les étiquettes, l'enfance, la gravité et l'insouciance, la force du nombre, le mur, à Berlin ou ailleurs, Magritte, Orange mécanique, la tendresse et l'attention, les petis gestes et les écartèlements, l'énergie vitale, la mort, les rapports de force, avancer sinon que faire d'autre, le temps, courir plus vite que le temps, le couperet qui tombe, perception is reality, ce que j'ai vu ce que j'ai rêvé, un songe, un cauchemar, terreur nocturne, rêve récurrent, le quotidien, l'exception, l'attente, les croisements, ceux qui se touchent ceux qui se ratent, à quoi ça tient, un effleurement, l'insoutenable légèreté de l'être, l'esquisse le trait, un éléphant dans un boa, une valise, une lettre, les correspondances, partir revenir, couvrir découvrir, ce que je montre ce que je cache, toi, je, l'éphémère, la surprise, un mur, une fête foraine, la fête est finie, tomber, se relever, tomber encore, avancer, continuer d'avancer, à petits pas à grandes enjambées, l'énergie du désespoir, l'espoir, la peur, les peurs, qui suis-je, le début, la fin, semblable et différent, les décalages, l'inversion, la traversée du miroir, la proie, it's a jungle out there, la violence, implosions, explosions, les vestiges les traces les tribus, un, une, la lumière, baisse la lumière s'il te plaît elle m'aveugle, un trait de lumière juste un trait, tirer un trait, une porte, l'inconnu, l'inattendu, la peur têtue, la sueur, un mouchoir, une étreinte, je comprends, sens dessus-dessous, insensé, un regard, le rien, l'attente, l'immobile, les repères, les bonbons acidulés,prends en deux, l'enfance encore, un tricot, une maille à l'endroit, une maille à l'envers, les mains tendues vers là-haut, j'ai perdu mon ballon, je t'en trouverai un autre, les pieds enfoncés dans le sol, les hommes plantés, les racines, s'enraciner, le dur désir de durer, ceci n'est pas une vie, j'ai perdu ma chaussure, comment peut-on perdre une chaussure ?, je ne sais pas Maman, le sens, l'absence de sens, les questions, l'éventail des réponses possibles, une foule en marche, l'homme qui court, les amants désunis, les amants rassemblés, viens avec moi, l'instant, la vérité, le jeu, c'est bon tu peux sortir, un sac à main un chapeau des souliers, les détails, l'essentiel l'accessoire, les fragments, les boutons, les gros boutons, y'a un fil qui dépasse, suivre le fil, perdre le fil, couvre-toi, des manteaux des robes des socquettes, une panoplie, une tenue de ville une tenue de vie, si on sortait, si on rentrait, un souffle, un murmure, des cris, le silence, les limites, cadre, hors cadre, la scène le public, un public, celui qui regarde, inversion encore, basculer, sortir de l'ombre y revenir, sous les feux des projecteurs, n'oublie pas d'éteindre en partant, prendre soin de, la beauté du geste, la délicatesse, l'ivresse, apparaître disparaître, courir pour rattraper le temps, penser, oublier, se souvenir, poings serrés, main tendue, tous, envers et contre toi, continuer de se souvenir, le ventre, respirer, sourire, hésiter, le ventre encore, les commencements, les tentatives, choisir, ne pas choisir, partir encore, revenir encore, courir plus vite, un élan, une échappée, toucher le ciel du bout des doigts, toucher un corps du bout des doigts, s'envoler. Il faut. Devenir immortel, et puis, mourir. La vie. Une sorte de... 

 

 

"Tout s'est passé si vite, et puis, just like that, c'était fini."

Une vie. "Une sorte de..." Ce n'est pas trois fois rien. C'est trois fois tout. A mes yeux.

That's why. Sometimes it's lonely out there...

 

 

 

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Comment on this post

alena 05/06/2011 13:43


"Vous", c'est la souris et toi, bien sûr!


Anne D. 05/06/2011 00:49


Vous êtes fâchée pour me vouvoyer, qu'est-ce qui t'arrive ? ;-)


aléna 05/02/2011 11:56


sans rapport avec vos mots, pardon, mais ce qui me frappe dans cette série de photos, c'est leur rythme propre et leur rythme commun. (pas sûre d'être claire)


Anne D. 04/25/2011 21:32


Ah oui ! vous voyez : Kundera s'est trompé... Pas légèreté, fragilité. L'insoutenable fragilité de l'être.


Anne D. 04/25/2011 21:23


Hm. Par où commencer ? Par la fin. "Intimité", vous écrivez ce mot, et c'est exactement ça, je trouve ce ballet d'une terrible intimité, intimité presque insoutenable tellement elle est vraie,
comme souvent avec Mats Ek. Ces gestes qui m'évoquent la même chose que cette musique d'Arvö Part. Et quand l'intimité ou la vérité est presque insoutenable - "à l'intérieur et sous la peau" -
l'absurde est un choix, un "rempart", oui, vous avec encore raison. Devant la vérité tellement crue, tellement à vif. Comme le rire dans la civilisation japonaise, le rire qui est une protection
devant un trouble, un embarras, un déséquilibre, un frisson (et on porte la main devant le visage, d'ailleurs, en riant, embarassé de cet embarras dévoilé). La question n'est pas de regarder ou pas
le mur ou la chaussure, mais de savoir ce qu'on est prêt à voir, si on a la force de, à un instant donné. C'est sans doute là tout l'art de Mats Ek, de proposer à chacun de voir ce qu'il souhaite,
ou en d'autres termes : allez aussi loin qu'il vous plaira d'aller. Ce que je ne sais pas, c'est pourquoi j'y retourne. "Presque insoutenable..." Sans doute à cause du presque... voilà, j'y
retourne pour trois fois rien... pour ce frisson-là. Rare, et intime.


mimylasouris 04/25/2011 20:05


Bien sûr que si, vous faites des critiques. Avec vos photos. La critique artistique, celle qui sait d'instinct être à l'image de son objet, est d'ailleurs la seule qui soit valable. Elle ne juge
pas mais comprend, et vous, vous embarquez votre coup de coeur avec vous - ou vous embarquez avec lui. Le reste, ce n'est que revue d'actualité, impression et opinion. Parfois on juge plutôt que de
comprendre parce qu'on est trop sensible pour faire preuve de sensibilité. Il faut pouvoir la soutenir, la légèreté de l'être. C'est peut-être un rempart de ne pas voir le mur d'Une sorte de..., de
ne pas voir que les ballons éclatent, que le délire prend à la gorge, que les sauts retombent mais qu'on se relève, ou que l'éclairage se fait rasant - et deux facettes pour chacun, au moins. On
peut préférer passer la main - dans une chaussure pour caresser-savonner-repasser le crâne du danseur en robe de femme, de chambre, d'intimité.