ANNE DENIAU aka ANN RAY - from Z to A

Regarder. Les détails et les visions. D'ensemble. D'envergure. Les visages aussi. Déshumanisés avec artisanat. Pas de retouches, du maquillage.
Les détails. Des teintes turquoises et mordorées qui évoquent des épaves, des trésors enfouis et des engloutissements. Des nostalgies. Une Atlantide. Lire le nom de cette performance : "McQueen, Atlantis", et sourire. Se dire que décidément, on le connaît bien.
 
Assister à une répétition, la répétition d'un spectacle qui n'aura lieu qu'une fois, et qu'on ne verra pas. Observer deux mécanismes noirs, inquiétants, des monstres d'acier échappés d'un cauchemar, d'un film de Fritz Lang ou de la guerre des étoiles, deux cyclopes complices et métalliques, avec, en guise d'oeil unique : une camera. Deux cameras, donc, pour filmer des filles trop grandes, trop maigres, montées sur des éléments trop improbables - "the shoes are insane" : mots entendus, uniques, en guise de briefing. Yop, the shoes are insane; But not only the shoes... - et  pour filmer un public, pris au jeu des miroirs. Le danger des confusions, confondre l'art et le business, la beauté et la chirurgie. Ne plus (se) regarder et tout à coup être obligé de (se) voir. Ha ha. L'impertinence cinglante de cet homme là, visionnaire. Les regardants regardés, épiés, caricaturés, par leur simple image. Multiple. Laquelle choisir ?
 
Au fond de la scène des effets d'optiques. Une femme nue et superbe, bleu partout, des serpents et la mort, bleue encore, une mise en abyme vertigineuse aussi. Par le jeu des deux cyclopes voyeurs, étonnament agiles en dépit de leur monstruosité, on se sait plus ce qui est réel et ce qui est filmé lorsque les femmes s'avancent. Non, pas des femmes, des créatures déambulatoires à la limite, sur le fil. Entre beauté et laideur, entre songe et réalité, entre jeunesse et vieillesse éternelle. Les voilà, les épaves.  Au milieu de cette violente dénonciation, être désemparé quand surgit soudain une incroyable douceur : les bras souples d'une femme sur un écran géant, deux bras qui battent faiblement et inlassablement, une grâce inachevée, les ailes fatiguées d'un ange cabossé, une noyée presque morte et qui ne veut pas vivre. Des bras frémissants en guise d'au revoir, la poésie qui avale tout. Une répétition, et tout le monde se tait.
 
Les visages, enfin, plus tard. Observer les jeunes filles ignorantes de la puissance dévastatrice du créateur, qui les a fait grimer puis se tenir à mi-chemin, brinquebalantes sur des chaussure simprobables, le visage transformé, à l'exacte frontière de la splendeur et de l'horreur. Eprouver de la tendresse pour ces toutes jeunes filles, rassurées par un nom, McQueen, qui a l'heure du "show" - 17 minutes seulement - se trémoussent et prennent la pose en coulisses pour un regard privilégié. Décalées. Se prenant pour Betty Boop, faisant les gestes appris, alors qu'elles ressemblent à des fées ou à des sorcières. Perdues décidément. Capter ça, dans un regard. Echanger un sourire. Comprendre, ou faire comprendre, ou tenter de. Non, tu n'es pas belle, tu es mieux que ça. Tu participes peut-être à un instant qui te dépasse, mais cette lueur là, égarée, dans tes yeux, je veux la garder. Tu t'es demandé si tu n'étais pas laide; Ou ridicule. Ou transformée. Tu avais raison, et tu avais tort. Nous étions tous sur sa planète, il nous disait ce que montraient ses cyclopes : dans un océan d'images, où est la vérité ?
 
Hier j'étais chez Alexander McQueen. J'avais un rendez-vous, au fond de l'atlantide. Je faisais des photographies, avec des films.
Il y tient, dit-il. Paradoxe. Voir Atlantis, en 2046, par là, devant les yeux, et pourtant, il veut, depuis 12 ans, des films. Ironie.
 
Je n'ai donc encore rien; Juste ces 5 images égarées, faites avec un téléphone. S'amuser de cette ineptie : ce soir là, à cause de ces visions superposées de vagues réfléchissantes et de réalités piétinées, faire quelques images avec un téléphone. Poser la boite à films, ou la boite à images, et faire, comme mille personnes présentes, des snapshots.
 
Je sais qu'il existe des festivals de films faits avec des téléphones.
 
"The shoes are insane". Not only the shoes.
 
Hier chez McQueen la mariée était en bleu.
 
Atlantis. Attendre des images. Un bonheur sous-marin.
 
 

 



 

 






Mer 7 oct 2009 Aucun commentaire